dimanche 15 mai 2011

  Le 19 septembre   (suite)


 Il faut réaliser maintenant.  Le lundi suivant, il annonça son départ à son employeur prétextant une année sabbatique absolument nécessaire.  Évidemment son patron n’a jamais rien compris, le trouva bien dérangé, ce qui est une réaction tout à fait normale et prévue. 

   Deuxième étape, obligatoire, rendre la date officielle, inchangeable et sans le dire à personne.  Il trouva un notaire, lui remit une enveloppe contenant une liste de personnes à contacter et un document à leur lire.  Une enveloppe scellée, avec cette inscription dessus : À n’ouvrir que le 19 septembre 2008. 
Pas avant, pas après.   Il a esquivé toutes les questions du potiron et, en le payant bien,  obtint sous serment professionnel  l’assurance que rien n’arrêterait l’exécution de ce mandat, quelle qu’en soit la raison.

Moi, Jean-Sébastien Letendre, domicilié au 1495, appartement 4, de la rue Béchelle à Montréal, sain de corps et d’esprit, j’ai entrepris le 18 septembre 2007 de prendre le contrôle de ma vie en soumettant ma mort à mon désir.  Je suis le maître de ma destinée et le seul responsable.  Depuis ce matin, je ne suis plus par ma volonté qui s’est exprimée. 
Je veux qu’il soit écrit que l’Esprit domine le corps, même devant la Mort.

   Ça y est.  C’est fixé.  Irréversible.  Il me reste exactement 362 jours à vivre, s’est-il dit, en quittant son étude.

   Il se consacra dès le lendemain à vivre, goûtant précieusement chaque chose.  Rêvant, réfléchissant sans cesse.  S’étonnant de tout, comme si c’était la première fois : les cris des enfants dans la ruelle, la couleur du ciel au matin, le trafic vibrant et incessant dans la rue, la douceur de la pluie, les odeurs des arbres qu’il n’avait jamais senties auparavant, bref, un étranger qui visite la terre, l’humanité, là, en ces lieux, à ce moment précis.  Une sensibilité à tout.  Un touriste qui n’en finit plus de prendre des photos, de tourner la tête. 

   Cela l’a étourdi pendant quelques jours.  Il en fut troublé, mais aussi renforcé dans son projet.  J’ai bien fait, pensa-t-il, sans la mort prévue, je n’aurais pas apprécié tout ça.  Je ne l’appréciais pas avant.   Il me reste 354 jours encore, c’est parfait.  Je ne suis qu’au début de mes vacances.   

   On se rendit ainsi, sans trop de surprise jusqu’à Noël.  Tout allait plutôt bien.  Le budget jusqu’à présent était respecté et il gardait le contrôle de ses peurs.   Des pincements au cœur quelque fois, certes, mais qui ajoutaient au piquant de l’aventure.  Les pires jours, comme sur une mer déchaînée, il pouvait passer d’une mélancolie abyssale aux émotions les plus vertigineuses de liberté et d’extase.  Enfin, il profitait pleinement de la vie.  Il avait toutes ses journées à lui pour lire, se promener, rêver, traînasser.  Les voyages ça ne lui disaient rien.  Le faste des grands restaurants, non plus.  Une vie simple, une vie de moine, lui convenait parfaitement. 

   Tant mieux, car il faut éviter le piège de l’inconscience.  « Rester concentré.  Ne pas trop s’attarder aux petits bonheurs passagers.  Jouir pleinement de la vie, oui, mais ne pas succomber.  Comme pour une aventure de voyage, se laisser charmer, mais ne pas s’attacher.   Surtout ne pas oublier le but de tout ça : la vie n’a pas de sens, l’humanité est en perdition, la mort est une aberration.  Il faut être conscient et prendre en main sa destinée.  Avoir vécu c’est tout ce qui compte. »

   Les Fêtes passées,  il reprit le focus.  Un mal de dent et les mauvaises nouvelles à la télé le remirent sur le droit chemin : « Tout est éphémère, on a de béatitude que de ne plus souffrir, ne plus avoir faim, ne plus avoir froid, ne plus avoir peur, ne plus avoir envie.  Les joies ne s’additionnent pas, rien ne s’accumule, ni les bonheurs, ni les peines; un compte de banque qui tomberait à zéro tous les jours.   L’intensité reste toujours la même, on ne gagne rien à durer.    Il me reste 243 jours c’est bien assez.  Peut-être même trop ».

*

                                            à suivre...

dimanche 8 mai 2011

Le 19 septembre 2008



   Depuis toujours il était obsédé par la mort.  Fasciné, plutôt.  La MORT.  Quel évènement majeur dans une vie !  
Il ne croyait ni en Dieu, ni en Diable, ni en une vie après.  Pour lui, c’était retour au néant comme avant la naissance.   Plus d’existence, plus de conscience;  plus de conscience, plus d’existence...révélée,  que le néant.  La mort triomphe toujours de la vie.  Le temps ne compte donc pas, ni avant, ni pendant, ni après. 
Avoir vécu c’est tout ce qui compte. 

   C’est ainsi que Sébaste, philosophe perdu dans les étoiles, comprenait les choses.  Toujours attiré par les mystères de la vie qui le troublaient, l’excitaient ou même le déprimaient, il avait mis le feu à sa conscience et depuis il ne pouvait plus l’éteindre.  Trente-deux ans.  Pas d’enfant, pas de femme (de courtes aventures qui finissaient toujours mal de toute façon) et le vide de plus en plus autour de lui.  Tous les siens partis, embarqués dans leur univers de papa, de carriériste, de monsieur rangé, tous accrochés par des femmes exclusives.   Certains jours il se voyait comme sur un quai de gare quand le train est parti, emmenant la nuée tantôt vibrante et bruyante de voyageurs, seul  avec le balayeur au fond et le commis au guichet qui se remet à son livre dans un soudain silence qui prend toute la place.

    Pas malheureux, pas heureux.  Juste fatigué, épuisé comme vidé de contenu.  Juste la conscience.  Une conscience qui ne lâche jamais, qui s’étend comme un feu de forêt illuminant partout, brûlant tout : la naïveté, l’espoir, la futilité, la joie. 

   De son univers, pas grand chose : petit appartement, petit emploi de commis de bureau qui n’aboutissait à rien, ce n’est pas l’intelligence qui manquait, mais plutôt la personnalité qui faisait défaut; quand on est solitaire, toujours en retrait, et toujours moraliste aux mauvais moments on n’a rien vraiment pour faire avancer une carrière.  D’ailleurs, il s’en foutait.  Il n’aimait que rêver, étudier les choses, se poser les grandes questions, discuter de philosophie, morale.  Mais avec qui ?  Son seul ami véritable, le seul avec qui il pouvait échanger des heures durant, n’était plus là,  parti, au fond des États-Unis, profiter d’une promotion inespérée.  À peine se voyaient-ils deux ou trois fois par année.  Les autres, bof, c’était des collègues de bureau, de gentils voisins de pallier, de vagues connaissances, pas de sottes personnes, mais toujours brèves dans la réflexion.  C’est tout.  La famille ça ne compte pas, frères, sœurs, beaux- frères, parents sans chicanes mais sans atomes crochus,  chacun installé sur sa planète.  Une famille pour les réceptions de fêtes, seulement.

   Alors notre homme est seul.  Pas malheureux, pas heureux.  Le sentiment que la vie peut être longue comme ça.  Longue pour rien, surtout.   
Nous sommes tous des condamnés à mort, pensait-il, comment ne pas tenir compte de ça?  Toute entreprise est sujette à la mort subite.  Tiens, comme cette araignée qu’on vient d’écraser, j’espère pour elle qu’elle n’avait pas de projets pour cet après-midi!   Toute sa vie elle a eu peur de mourir... voilà, c’est fait, et elle ne le sait probablement même pas.  Ce n’est pas tellement la mort qui est terrible, absurde, oui peut- être, mais pas aussi terrible que le fait de l’appréhender toujours.  Être un jouet soumis au destin, un objet dans un jeu macabre de roulette russe  - il y a des balles pour tout le monde, mais on ne sait pas quand le coup va partir, on ne sait pas qui sera le prochain.  Et on reste tous là, dans la pièce, assis sagement, faisant comme si de rien était.  Pire, faisant comme si ça n’arriverait pas.  Jouant le jeu de l’éternité, un jeu de dupe. 

   Un soir de grande lassitude il projeta de mettre fin à ses jours.  Pourquoi pas?  Il se voyait très bien disparaître, comme ça dans son auto, s’abandonnant ainsi au moyen d’un boyau connecté au tuyau d’échappement.  Mort douce, facile, on s’endort, et on meurt.  Pourquoi pas ce soir ?  Puis, il se disait pourquoi pas demain?  L’important, c’est qu’il se sentait capable du geste.  C’est lui-même qui déciderait quand le coup partirait.  Je n’ai rien décidé de ma naissance, mais je peux tout décider de ma mort, se disait-il, voyant là une douce revanche pour un philosophe.  Cette pensée le grandissait.  Voilà, en éliminant cette variable il pourrait pleinement vivre. 

   Fixer la date et la manière de sa mort, ce sera son projet.  Pourquoi traîner quelques années de plus?  Il en manquera toujours.   Rien ne s’accumule.  Manger ne me satisfait pas plus qu’hier, ni moins que demain.  Alors, c’est décidé, il aura un grand avantage sur tous les autres condamnés à mort : la date.  Demain commencerait la dernière année de sa vie.  Dans un an, jour pour jour, je ne serai plus.  À partir de maintenant, je vis.  J’ai le plein contrôle de ma vie.  Ma mort est réglée.

   Il avait conclu ça comme on décide de rentrer chez les moines.  Un changement de vie radical; on fait ses bagages et ses adieux à tout le monde et on part à la recherche de soi dans une nouvelle dimension.  Ce n’est pas triste, c’est juste un grand changement dans le cours de sa vie.  Mais dans ce cas-ci avec la mort au bout...  Ouais,  mais qui dit qu’un moine ne meurt jamais subitement ?  Voilà, c’était décidé.  Une grande sensation l’envahit; si le Destin existe, il en est plus fort. 

*     
                                                                 à suivre... 
                                  

dimanche 24 avril 2011

Quelques mots dans le calepin




Découragé.
La seule façon pour moi
de faire de l’argent dans la musique,
c’est de vendre mes instruments.

 

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Le christ recrucifié. Cent fois. Toujours.
On ne le reconnaît qu’après.
Je vous entends dire : Ah, s’il revenait, on ne le manquerait pas.
C’est bien aussi ce que je crois : vous ne le manqueriez pas !

 

**

Faire grand cas de l’intelligence
ne me semble pas moins vaniteux et futile
que d’en faire de la beauté.

Une belle personnalité restera préférable.

 
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Il n’y a que les humbles qui me commandent.
Les autres ne peuvent que me terroriser.

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L’homme n’est pas fait pour être seul;
la preuve quand il est seul il se parle à lui-même.

**

Certains visent l’argent. C'est bien. 
  Moi je vise l’art.

 

**

Une chance que j’ai des défauts
pour m’empêcher de faire des bêtises.
S’il avait fallu que je ne sois ni paresseux, peureux, procrastineux ...

 

**

Si mon bateau ne prend pas l’eau
Je prendrai la mer.

**

Ne m’envie pas ma paresse et mon insouciance.
Tu ne saurais pas y trouver la paix.

**

Je ne vois pas en quoi quelqu’un
peut se sentir supérieur à un homme heureux.

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Mort de peur !
Peur de quoi ?
De la mort.

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Quand vous manquerez de pain et de jeux,
Trouvez-vous un poète et écoutez-le.
Il vous fera heureux ou douloureux,
  Il vous fera monter aux cieux.
Écoutez-le pour vivre un instant.
Vous nourrir à jamais d’un doux sentiment.
Vous faire sentir autrement
Que viscères palpitants


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dimanche 17 avril 2011

Commentaire publié sur Cyberpresse (28-01-11) en réaction au projet Walmart (en épicerie) présenté au téléjournal comme une bonne nouvelle pour les consommateurs


UNE BONNE NOUVELLE, QU’ILS ONT DIT...


    Une politique de bas prix se fait aux dépens de l’enrichissement collectif : pressions sur le fournisseur qui, à son tour, en fait sur ses employés et ses propres fournisseurs, qui, à leur tour, font la même chose, quitte à fermer les usines ici pour exploiter une main d’œuvre bon marché dans un pays du Tiers-monde. Conséquemment les produits perdent toujours en qualité.

      Alors, au bout du compte, on se retrouve mal payé parce que notre employeur subit des pressions, et on n’a plus tellement le choix que de s’approvisionner dans ces magasins de bas prix pour maintenir notre « quantité » à la consommation en en déplorant la mauvaise qualité.


     Bref, on s’appauvrit collectivement et on dégrade notre environnement.  Le panier le moins cher sera toujours le moins rempli, mais aussi, bonne nouvelle, le plus apprécié ; l’abondance est fade.

     Je ne crois pas que le projet Walmart soit une bonne nouvelle pour le consommateur.

*

 
PS :   Et en plus, je trouve que Walmart vend cher. Avec toutes ces économies faites sur le dos des fournisseurs et de leurs employés, et avec les profits exorbitants qu’ils affichent à chaque trimestre... ils pourraient vendre beaucoup moins cher.


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dimanche 13 mars 2011


Humeur d’hiver


Je donne ma langue au chat
Mes dents au chien
Mon cœur au loup
Mes jambes au cou
Mes bras au ciel
Mes reins à rien
et
Mon pied au cul


**


En ces froides journées d’hiver
Je pense parfois à mon pauvre père,
Qui n’a même plus la peau sur les os,
Qui repose six pieds sous terre :
Tu n’as pas trop froid ?
Non, tant que tu penses à moi.


**

dimanche 27 juin 2010

Insomnie
(Paroles et musique : Serge Timmons)


Ah, je dors pas, j’dors pas, j’dors pas …
Qu’elle heure qu’il est donc là?
Minuit !
Pis faut qu’j’me lève de bonne heure, demain midi.
Pour gagner ma vie.
Gagner sa vie! C’est quelque chose ça
Quand tu gagnes jamais rien… dans la vie.
Pas moyen de m’endormir.
J’pense à toute, j’pense à rien.
Tiens, j’vas compter des moutons : 1-2-3-4-5-6-7-8-9-
Dix moutons, neuf moineaux, huit marmottes, sept lapins…
Ah non, non, arrête ça. Faut dormir.
Pis j’haïs ça compter des moutons.
Ça me distrait,
Y ont pas l’air vrais
Ils m’ont l’air au coton...
Tic tac tic tac tic tac…
Yé quelle heure là?
Deux heures moins quart !
Pis j’dors pas encore.
Boum ,boum, boum, boum…
C’est quoi ce bruit là dans mes oreilles?
Ça me réveille.
Ah, c’est mon cœur.
Boum, boum, pfff, pfff, boum, boum…
Me semble qu’il saute des coches lui-là.
Aïe, faudrait pas qu’il lâche.
Aïe, j’ferais quoi, moi ?
J’me plogue sur quoi, moi-là ?
Pas de génératrice, pas de batterie, pas de spare.
Peux pas aller ailleurs. Peux pas attendre à demain…
Lâche pas mon cœur.
Toffe, toffe mon pauvre cœur…
Mon pauvre cœur, pompe ton sang
Je n’ai plus d’amour en réserve
Je n’ai plus de feu, que du sang.
Pompe mon cœur, qu’au moins tu serves,…
Les temps sont…
Ah, ta yeulle, ta yeulle !
Faut que tu dormes.
Tic tac tic tac tic tac…
Maudite oreiller, encore toute chaude.
J’passe mon temps à la retourner.
Ça me réveille.
Je vais inventer un refroidisseur d’oreiller.
J’m’a ben finir par devenir millionnaire !
Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt,
Imagine toi, ceux qui dorment pas…
Si j’voulais, j’aurais le temps de régler
Tous les problèmes dans le monde.
Ouais… Mais c’est peut-être ça mon problème :
J’me couche après les Nouvelles.
Ça va mal dans le monde
Pis j’le prends personnel.
Penser, penser, penser :
C’est rien que ça que je fais penser.
J’pense à toute, j’pense à rien.
J’pense à penser à rien
Comme un politicien
Sauf, que je dors pas !
Envoye Serge, fa toé une chanson,
Ça va peut-être t’endormir
D’habitude, t’es bon là-dedans
Lalalalalalalalala…

RRRRRRRRR


Copyright © 2009 S. Timmons

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Comme vous voyez j’ai besoin de vacances. On reprendra donc cette chronique quelque part en septembre. Bon été !

dimanche 20 juin 2010

La paternité, le propre de l’Homme


Une mère et ses petits. Quel beau tableau ! D’instinct, la femelle protège ce qu’elle enfante. C’est un lien fort, naturel, bien observable dans la nature. Pas folle la nature, elle a prévu bien des choses. D’abord deux sexes, chacun manquant terriblement à l’autre pour qu’ainsi l’espèce se recherche, se reconnaisse. Et puis, un sexe seulement pour reproduire l’espèce. Un seul. (Toujours le même, sinon ce serait l’anarchie). Un seul sexe responsable de la continuité de l’espèce. Fondamental. Un sexe produisant à la fois l’un et l’autre, le mâle et la femelle. Quel est ce super sexe? La femelle. Eh, oui. L’autre, le…, voyons, l’autre-là, … c’est quoi encore… ah oui, le mâle, eh bien, lui il butine, batifole, s’amuse et fournit à l’occasion la clé de la serrure. Mais à part ça pas grand-chose; il ronfle ou s’occupe à la guerre. Il tue ses semblables, surtout de potentiels rivaux, et retourne ronfler auprès des femelles qu’il (autre activité prenante) essaie de séduire.

Voilà en résumé (et enfin dévoilé) le mystère de la nature.

Mais le tableau ne serait pas complet, enfin disons fonctionnel, si la femelle ne se transformait pas tout à coup en maman. UNE MAMAN. Fini la jupe courte pour séduire le gros mâle épais. Ses attributs serviront d’abord à nourrir le rejeton. Un lien fort, pratiquement inconditionnel, fera qu’elle protégera, du moins pour un temps, la vie qu’elle donne. Et c’est bien heureux, car s’il fallait que son premier réflexe soit de manger sa progéniture on serait bien avancé ! Non, la Nature a prévu le coup, elle a disposé un ingrédient essentiel chez la femelle, la « maternité ». (Non pas l’amour, arrêtez-moi ça, la maternité. On est scientifique là, pas romantique). Voilà pour la nature : la maternité, et la vie continue.

Et la paternité dans tout ça ? Bah, ça n’existe pas. C’est une invention de l’Homme. La nature n’a pas besoin de ça. Mais si la Nature n’est pas folle, l’Homme n’est pas fou non plus. En tant qu’être conscient, orgueilleux, et j’ajouterais sentimental, l’homme, je veux dire le mâle, c'est-à-dire l’homme de l’Homme... enfin vous comprenez ce que je veux dire, n’a pas voulu être en reste et, par des liens intellectuels forts, il a créé un type de maternité inusité dans la nature : LA PATERNITÉ. Une relation cérébrale avec sa descendance, unique à son espèce. N’est-ce pas merveilleux? Plus que le sang la relation s’établit sur la conscience, la quête de l’identité, le tutorat. N’est-ce pas aussi un très joli tableau que celui d’un père tenant la main d’un enfant marchant à ses côtés ? La nature s’en étonnera peut-être. Trouvera ça peut-être superflu. Pas moi. Pour une fois je trouve que l’Homme a eu une très bonne idée pour la suite du monde : un papa. Un PAPA, et le petit est doublement protégé, mieux encore, diverti. La nature devrait s’en inspirer. Voilà où je voulais en venir, mais il fallait avant tout expliquer.

Bonne Fête des Pères !


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dimanche 13 juin 2010

Mot à mot



DANS LA VIE, FAUT SAVOIR CONJUGUER.

À présent mon passé est imparfait.
Il est impératif que mon futur soit plus que parfait.
Ce n’est pas conditionnel.

Bon, je sais, c’est simple, je ne l’ai pas assez composé.


UN LIVRE, COMME SI VOUS Y ÉTIEZ

C’est bien un film, ça nous permet de voir une histoire. Mais un livre c’est mieux, ça nous permet de la vivre.


PENSEZ AUX MOTS

C’est utile des mots, ça permet de penser. Notez tous les nouveaux mots que vous trouvez, ils pourront vous servir un jour pour vous déprendre dans vos pensées.


MOI, LIBRE ?

Jamais. Jamais je n’accepterais de faire autant de concessions.


SIMPLEMENT

La simplicité volontaire, bien sûr. J’essaie de la pratiquer… mais à l’épicurienne. Disons que je me considère un simplicitaire modéré.


DANS LE FASTE ET L’OPULENCE

C’est bien normal quand on réunit 42 chefs d’État pour une conférence exceptionnelle sur la crise alimentaire mondiale.
À Rome, en 2008.


LE CHAMP D’HONNEUR

On n’a plus d’argent, rentrez aux pays !
Mais la guerre, monsieur ? La Cause ? L’honneur ?
Bah ! On n’a plus les moyens.

Mauvais calcul.
On fait des guerres qui coûtent des milliards quand on aurait la paix à moitié prix, si on partageait un peu. Mais on ne compte pas là-dessus !


CES HOMMES QUI HAÏSSENT TROP

Haïr, c’est trop de considération.
Ne pas aimer me suffira.


L’INCOMPRIS

Quand j’ai demandé un coup de main, je ne pensais pas l’avoir dans face.


LÉGITIME DÉFENSE

Je suis pacifiste, mais j’espère avoir les os assez durs pour que tu te casses les jointures.




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dimanche 6 juin 2010

Lettre à un camarade en voie de découragement



Vivre de sa passion, c’est le rêve de tout le monde. Certains y parviennent, mais la plupart n’y arrivent pas. Certaines passions sont plus vivables que d’autres, le commerce par exemple. Ça, ça marche plutôt bien dans notre société. Mais la chanson, la chanson ! mon pauvre vieux, des plans pour en mourir. On ne vit pas de la chanson (sauf exception, bien sûr), mais on vit par elle. Ça nous prend ça. Sinon, le pacte du quotidien ne tient plus pour des passionnés comme nous. Aussi bien se faire à l’idée. Nous sommes des amuseurs, nous offrons au monde des friandises. C’est beaucoup pour notre gloire, mais c’est bien peu pour le commerce.
Et puis des rêveurs pour divertir le peuple, ça en prend. On n’est pas loin de la charité chrétienne. Pense à ça chaque fois que tu crèveras de faim. Socialement, nous sommes une fantaisie nécessaire.

Question d’âge maintenant, tu te sens trop vieux ? Bah, je ne vois pas ce que cela vient faire dans l’affaire. Oui je sais, je perçois bien comme les autres la vue unique (comme la pensée); la chanson c’est jeune, c’est body, pas l’affaire des mononcles. Les jeunes peuvent chanter des chansons de matante à Star Académie, ça passe, mais un vieux avec une création toute moderne n’a pas d’affaire-là. On n’est pas assez habitué à ça. Mais au-delà de la surprise, peut-on en revenir un moment donné? La chanson ou la littérature, ou la peinture, ou la sculpture… bref ce n’est pas l’athlétisme, ce n’est pas entreprendre une carrière au hockey. Veux-tu bien me dire ce que l’âge a affaire là-dedans ?
Ah, c’est vrai, les producteurs ne voudront pas investir des milliers de dollars dans un vieux qui peut crever d’un moment à l’autre. Trop risqué. Ils aiment mieux perdre nos subventions dans des carrières qui foirent 7 fois sur 10.

Et puis je ne suis pas si sûr que le temps nous soit plus compté pour nous. Les jeunes n’ont pas plus de temps que nous pour réaliser leur rêve. Ils sont impatients, ils ont une famille à fonder, de l’argent à ramasser, plein de bébelles à acheter. Si après quelques années ils ne percent pas, ils deviennent vendeurs. Ou alors ils restent artistes toute leur vie, et le succès viendra ou viendra pas. Ça nous ressemble, je trouve. Une carrière se développe sur 5 ans, en moyenne. On a au moins ça devant nous. Les Beatles ont tout fait en 10 ans. On fera un peu moins, c’est tout. Au pire.

« Oui, mais le succès ne vient pas. Et ça devient long à cinquante ans. » Là, mon vieux, on touche le fond de la chose. Je ne sais pas trop ton parcours, mais moi je me considère en émergence. Si ce qu’on fait est très bon (le très est important), on va finir par passer là où on veut passer. C’est à nous d’y croire, de proposer, et même l’imposer. Mais autrement, si c’est juste bon, ça restera pour nous, des toiles qu’on exposera dans nos salons ou chez la famille. C’est bien quand même, beau passe-temps, mais ça reste du jardinage. Notre égo ne sera pas content. Le mien en tout cas, je le connais, il n’endurera pas ça. Le succès peut attendre, pas la valeur.

Il faut examiner sérieusement notre produit, sans complaisance. Est-ce d’intérêt public ? Une chanson doit être reprise, sinon elle ne sert à rien. Pas nécessaire d’être un grand Chef, mais si les gens ne reviennent pas dans ton resto, cuisine pour toi. Connaissant la valeur de tes chansons et ne les ayant jamais entendues avant, j’imagine que tu n’as jamais vraiment opéré ton commerce. Alors faudrait commencer par là. Aller proposer, imposer, prendre les moyens et prendre patience. Et surtout être ACTUELS. On est en émergence, mon vieux. En émergence et tout à fait actuel.

Et quoi encore ? Ah oui, « il ya tant de talents au Québec, il y a des millions de chansons… c’en est déconcertant. »

Eh bien moi je concède tout de suite : ils sont presque tous meilleurs que moi. Dans un exercice imposé, je ne crois pas tellement à mes chances. MAIS, il n’y en a pas un qui fait ce que je fais. Je ne connais pas un autre Marc Provost dans le tas. Moi, je vais applaudir machin, chose, truc et celui-là. Du moment qu’il est intéressant il n’a pas à se soucier des autres. Si j’ai le goût d’entendre Un vendredi, donc parce que j’aime cette chanson, Brassens ou Desjardins ne me seront pas utiles. Ça me prend Provost.

Et puis autre chose, beaucoup de talents, des millions de chansons, mais pas beaucoup d’offres différentes. Cent jeunes talentueux qui s’habillent pareil et chantent à peu près pareil, ça n’en fait toujours rien qu’un. Mille chansons sur à peu près le même air, le même rythme, les mêmes mots, ça n’en fait toujours rien qu’une. Il y a un public, mon cher, qui voudrait peut-être autre chose qu’un hot-dog moutarde, choux. On ne sait pas. Je crois même qu’il y a un énorme public (notre génération) qui ne se retrouve pas tellement avec le «son » d’aujourd’hui.

Mais heureusement, nous sommes là. Toujours à la rescousse avec nos petites gâteries. Assurons-nous que ça goûte bon, et allons proposer nos choses.

À l’ouvrage mon vieux, on a du monde à divertir. Et il en a bien besoin.


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