Une autre entrevue avec moi-même, mais cette fois c’est sérieux, enfin pas trop niaiseux… même un peu plate et beaucoup long.
Discours sur la morale
Moi - Déjà le titre ça fait sérieux. Mais n’est-ce pas un emprunt de Nietzche ?
Moi - Non, lui c’est la Généalogie de la Morale. Descartes c’est le
Discours sur la Méthode. Moi c’est un peu des deux.
- Que pensez-vous justement de Nietzsche ?
- Je pense qu’il y a beaucoup de lettres inutiles.
(Celle-là n’est pas de moi… mais c’aurait pu)
- Bon, on avait dit qu’on serait sérieux…
- C’est vrai. Sérieux. Sérieuuux!
- D’abord, qu’entendez-vous par la morale?
- Rien de savant sur le Bien ou le Mal. Ni non plus sur les Devoirs et les Buts de la vie. Ça viendra peut-être un jour. Non, en fait le titre c’est pour accrocher. C’est de moralisation que je veux parler : l’intérêt d’avoir une approche consciente sur nos actions et de communiquer ses interrogations morales ou philosophiques.
- Moraliser : le mot déjà indispose. Car qui en a l’autorité ? Qui a la meilleure Morale ? Ce qui est bien pour un peut ne pas l’être pour l’autre, et vice versa. Chacun propose sa façon de voir, et voilà. Chacun croit toujours avoir raison, sinon chacun penserait autrement.
- C’est juste.
- Alors, il est tout à fait stérile ou erroné, de vouloir corriger la conduite de l’autre.
- Il ne s’agit pas, dans mon cas, de trouver LA VOIE pour tout le monde. Je laisse ça aux savants philosophes et hommes de science, qu’ils s’amusent. Je cherche pour moi la compréhension des choses, la meilleure attitude à prendre pour une vie en harmonie, sage et satisfaisante.
- Mais alors, pourquoi faire la morale aux autres ?
- Je ne la fais pas aux autres; on vient de dire que c’est bête, et je le crois. Au début de cet ouvrage, dans la préface je crois, j’ai bien avisé le lecteur, que toutes ces réflexions me concernaient. Je n’écris que pour moi. Je me fais la morale. Je cherche. Je m’insulte. Je me brasse. Je publie seulement parce que j’ai l’impression que je ne suis pas le seul à se questionner. Alors je me dis que ma réflexion pourrait peut-être servir aux autres qui cherchent.
- C’est bien dit comme ça, mais n’empêche, le ton moralisateur on le sent bien dans
vos chroniques.
- Écoutez, je veux être un hôte poli : On vient me visiter, je reçois. Je m’efforce de bien écrire, de détendre l’atmosphère avec un peu d’humour, j’essaie de varier mes plats, je prends soin de ne pas trop dire de bêtises… mais ciboire, je suis chez-nous !
- Oui, mais vous venez nous chercher dans la rue pour qu’on vous visite.
- Bien sûr, bien sûr, bien sûr. Je me suis un peu emporté. N’empêche que c’est vrai : je suis chez-moi. Je veux dire par là que c’est de mon point de vue. Il n’y a rien de vraiment objectif dans ce que j’écris. Il n’y a que la quête de compréhension qui soit « partageable ». Cette quête, elle est bien réelle et se passe presqu’en direct. Beaucoup de réflexions, de façons de voir (et même de vivre) me sont venues en écrivant, en me questionnant, en présentant mes idées. On ne sait pas au départ où ça va aboutir tout ça. On a une petite idée, mais au développement ça prend des proportions parfois inattendues.
- Comme cette petite montée de lait de tantôt ?
- Exactement. Pourtant je faisais bien attention.
- Bon. Mais revenons à cette Morale dont il est question. Faut-il ou non moraliser ?
- Je crois que oui. Parce que voyez-vous, les gens sont toujours très occupés. La plupart n’aiment pas trop penser ou n’ont pas tous les repères nécessaires. Leur vie est trop trépidante ou trop astreignante. Quoiqu’il en soit ils font face quotidiennement à différentes problématiques et dans des humeurs souvent bien changeantes. Il leur est très difficile, sans longuement réfléchir ou prendre des avis judicieux de personnes sages, de régler les petits conflits. Souvent ils vont prendre une position qui va empirer les choses.
- Mais vous, vous êtes au-dessus de la mêlée, c’est ça?
- Mais qu’est-ce que je disais tantôt ? C’est de moi que je parle, connard. Cout’ donc, me lis-tu quand je parle ? Je n’utilise pas le « je » mais c’est pour faire plus littéraire, bon yeu! C’est facile à comprendre, me semble.
- Je sens que vous allez encore vous excuser.
- Bien sûr, bien sûr, je m’excuse. Je m’excuse. Mais c’est ça quand même. C’est un exercice d’analyse; je me sors du lot pour (me) nous observer. Dans cette marche en forêt, je laisse le peloton parfois pour grimper dans un arbre afin d’avoir une vue d’ensemble sur notre groupe et de la directions où l’on va. Mais je suis toujours de ce groupe d’humains; je n’ai pas de perceptions extérieures à nous comme peuvent l’avoir les animaux de la forêt sur notre présence. J’aimerais bien avoir leur idée là-dessus. Là je serais au-dessus de la mêlée. Mais, enfin, poursuivons.
- Nous disions…
- Nous disions que tout le monde, bien souvent, se couche en se disant que tout ne va pas toujours pour le mieux. La vie est compliquée, nous sommes complexes. On est tous un peu à la recherche de la lumière. On voudrait que tout ait un sens, que toutes nos actions soient les bonnes. Sans regret. Sans envie. Sans remords. D’où, si je peux me permettre…
- Bien sûr, allez-y, allez-y.
- Merci. D’où cette favorable fréquentation de moralisateurs tel que je peux parfois être. On s’entend ; pas celui qui moralise après, mais avant que les choses se passent. Il faut annoncer la courbe avant qu’on l’ait passée, pas après. On philosophe avant ou pendant qu’on vit les évènements. Calmement et dans le respect des limites, des réalités de chacun. Sinon ce n’est plus de la compréhension, c’est du prêche. Ça devient du moralisme qui énerve tant.
- Mais qui peut le faire ? Qui a cette autorité ?
- Bien souvent nos amis. Les sages dans notre entourage. Nos parents quand on était petit. Enfin toutes les personnes de gros bon sens. Ils ont cette autorité.
- Oui, mais eux qui les éclairent ?
- Je suis content de cette question. Un peu plus et je me la posais moi-même. C’est là où nous en venons. Ce sont à eux qu’il faut s’adresser; eux, visitent les philosophes, vont lire, s’interroger, chercher, et souvent trouver, au moins temporairement, des réponses, des modèles à suivre.
- On vous dépeint comme un objecteur de conscience. Vous, comment voyez-vous ça ?
- C’est un titre plutôt honorable. On confond souvent avec un empêcheur de tourner en rond, ou quelqu’un qui cherche constamment la contradiction. Là- dedans je ne me reconnaitrais pas, mais dans le sens premier du terme, souvent attribué au militaire qui refuse de combattre dans certaines situations par respect absolu de la vie, là je suis partant.
- Faut-il donc toujours philosopher ?
- Diderot dit : « Le peuple parle de vivre d’abord et de philosopher ensuite; mais le sage propose de philosopher d’abord et de vivre ensuite, si on le peut ». Moi, je pense qu’il faut surtout vivre, quitte à ne jamais philosopher. Je ne crois pas que mon chien est en train de rater sa vie -quoique je le soupçonne de philosopher un peu. Car philosopher permet peut-être justement de profiter pleinement de la vie. Surtout pour une espèce comme la nôtre, encline à de grandes angoisses. Nous sommes constamment tiraillés par l’envie, le remords, l’orgueil, l’exaltation. On est moins soumi à l’instinct, alors il nous faut tout acquérir, apprendre, transformer. On ne peut pas vraiment bien vivre sans réfléchir, communiquer, philosopher un tant soit peu.
- Mais l’introspection intensive n’est pas le fait de tout le monde. Et comment mesure-t-on une plénitude de vie ?
- Je crois qu’on a tous nos moments d’introspection, de grands questionnements sur nos vies ou sur la vie en général, mais c’est souvent dans les moments lourds : les grandes décisions, lors des gros problèmes. Idéalement ce serait bien d’avoir pratiqué avant, lors de situations plus légères. Idéalement ce serait bien d’avoir conservé une certaine maintenance quotidienne et agréable.
Quant à la plénitude de la vie je dirais qu’on a tous un rendez-vous avec soi-même à un moment donné dans la vie (et certainement avant de mourir) et c’est là qu’on aura un regard révélateur sur « l’ensemble de son œuvre ». Vaut mieux être préparé. L’examen risque d’être court, les questions embêtantes, et le verdict tranchant. Le philosophe s’étant évalué en se passant régulièrement quelques contrôles risque moins d’être déculotté.
- Mais n’est-ce pas une mortification un peu ridicule que de se tourmenter sans cesse ? N’est-ce pas ainsi une façon de rater sa vie pour ne pas rater sa mort ?
- Le poète en moi a envie de mourir constamment, le philosophe heureusement le divertit. Se tourmenter n’est pas un exercice si déplaisant. C’est une sorte de travail. Certains prennent plaisir à travailler, vous savez.
- Et d’autres pas. Nous sommes bien placés pour le savoir. Alors la question est toujours la même : À quoi prétendent les moralisateurs de votre espèce ?
- … Oh, je ne m’attendais pas à cette question là.
- !?!?!?
- C’est vrai. Euh… pouvez-vous répéter la question ?
- C’est très bien de faire son affaire en son âme et conscience, mais pourquoi vouloir vendre sa vision aux autres ? Pourquoi ne pas se contenter de penser et laisser penser comme de vivre et laisser vivre ?
- Chacun peut chanter dans sa douche. Pourquoi certains ont-ils le besoin de monter sur les planches ? Peut-être que là on en arrive au domaine de l’art. Philosopher est un art. C’est une expression. C’est du domaine de la communication. Les artistes proposent une façon de voir, de ressentir les choses. Ils modifient la matière pour l’exprimer aux autres. Il y a toujours une proposition là-dedans.
- Oui, mais la portée n’est pas la même. On sent moins les intentions derrière.
- Pas sûr. Ils reflètent leur époque, ils alimentent les courants de pensée. Plusieurs prennent carrément position, et leur portée n’est pas sans conséquence. Doivent- ils ne produire que pour eux?
- Chacun veut influencer l’autre; on ne s’en sort pas. On est toujours étonné que l’autre n’aime pas ce qu’on adore. Ou pire encore, aime ce qu’on méprise. On ne comprend pas. On a le sentiment que l’autre est (au moins un peu) dans l’erreur. Mais comme c’est le lot de tout le monde, n’est-il pas sage de laisser les choses aller?
- Sûrement, mais ce n’est pas communiquer. Je le répète l’artiste, le créateur, ne laisse pas les choses comme ça : il développe, rebâtit, suggère. Son esprit, ses émotions lui commandent d’intervenir. De proposer autre chose. La philosophie est un art… qui tend vers la science peut-être, mais, selon moi, un art d’abord.
- Disons. Mais moraliser, faire les leçons, prêcher…
- Nous sommes des êtres moraux; de ça non plus on n’en sort pas. Toutes nos questions, toutes nos actions, nos œuvres sont morales. On peut fonctionner sans réfléchir, d’ailleurs on le fait assez souvent, mais du moment qu’on réfléchit sur ce qu’on fait on devient moral. Et c’est là qu’on prête l’oreille aux philosophes, aux moralisateurs.
- Oui, d’accord, mais on prête l’oreille à ceux qu’on veut bien entendre.
- Exactement, voilà où nous en sommes. L’étape suivante est de discourir sur LA MANIÈRE ET LE PROPOS.
- Ce que nous ne ferons pas maintenant.
- Oh non. Là, le lecteur est fatigué.
*****
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dimanche 15 février 2009
J’ai une chronique très déplaisante sur l’AMOUR, mais pour ne pas briser les cœurs en cette période de St-Valentin, je la reporte à la semaine prochaine. En attendant, comme une DIFFICULTÉ TEMPORAIRE, je vous passe cet intermède niaiseux.
Interlude
Chose : Comment ça va depuis votre dernier passage à M pour Musique ?
S.T. : Ça va mieux. La tête désenfle tranquillement.
Chose : Vous l’aurez eu finalement votre 15 minutes de gloire, même si c’a duré moins que ça. Comment c’est maintenant d’être « has been » ?
S.T. : Je dirais, un peu comme avant d’être « been ».
Chose : …Vous avez une photo*, je crois, à nous montrer ?
S.T. : Oui, voici :

Chose : Oh, mais je la connais cette photo.
S.T. : Je sais, elle est célèbre.
Chose : On dirait qu’on a remplacé quelqu’un ?
S.T. : Très bien observé. Effectivement, Léo n’avait pu se rendre à
l’émission, alors on l’a remplacé par Brel.
Chose : Et au centre ?
S.T. : Eh bien, c’est moi. Pas mal, hein ? Je suis le seul à ne pas avoir
trop changé.
Chose : Et à ne pas être mort…
S.T. : Très bien observé, encore une fois.
Chose : Bon, finissons-en. En terminant quel conseil donneriez-vous
aux jeunes qui commencent dans le métier ?
S.T. : Lâchez pas.
Chose : C’est tout ?
S.T. : Lâchez pas, vous êtes capables.
Chose : Mais encore ?
S.T. : Lâchez pas, vous êtes capables. Yes sir !
Chose : ……OK, j’en ai assez ! Merci.
S.T. : Tout le plaisir est pour moi.
Chose : Ben chanceux, moi je n’en ai pas eu.
S.T. : C’est normal, tout le plaisir est pour moi.
*****
Bon, fini le niaisage. La semaine prochaine, retour de la chronique du plomb sauté… Et vous les valentinos et valentinettes, vous ne perdez rien pour attendre.
*Photo : Collaboration d’André Roy.
Interlude
Chose : Comment ça va depuis votre dernier passage à M pour Musique ?
S.T. : Ça va mieux. La tête désenfle tranquillement.
Chose : Vous l’aurez eu finalement votre 15 minutes de gloire, même si c’a duré moins que ça. Comment c’est maintenant d’être « has been » ?
S.T. : Je dirais, un peu comme avant d’être « been ».
Chose : …Vous avez une photo*, je crois, à nous montrer ?
S.T. : Oui, voici :

Chose : Oh, mais je la connais cette photo.
S.T. : Je sais, elle est célèbre.
Chose : On dirait qu’on a remplacé quelqu’un ?
S.T. : Très bien observé. Effectivement, Léo n’avait pu se rendre à
l’émission, alors on l’a remplacé par Brel.
Chose : Et au centre ?
S.T. : Eh bien, c’est moi. Pas mal, hein ? Je suis le seul à ne pas avoir
trop changé.
Chose : Et à ne pas être mort…
S.T. : Très bien observé, encore une fois.
Chose : Bon, finissons-en. En terminant quel conseil donneriez-vous
aux jeunes qui commencent dans le métier ?
S.T. : Lâchez pas.
Chose : C’est tout ?
S.T. : Lâchez pas, vous êtes capables.
Chose : Mais encore ?
S.T. : Lâchez pas, vous êtes capables. Yes sir !
Chose : ……OK, j’en ai assez ! Merci.
S.T. : Tout le plaisir est pour moi.
Chose : Ben chanceux, moi je n’en ai pas eu.
S.T. : C’est normal, tout le plaisir est pour moi.
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Bon, fini le niaisage. La semaine prochaine, retour de la chronique du plomb sauté… Et vous les valentinos et valentinettes, vous ne perdez rien pour attendre.
*Photo : Collaboration d’André Roy.
dimanche 19 octobre 2008
ENTREVUE EXCLUSIVE
Primeurs et révélations chocs !
Serge Timmons se confie à… Serge Timmons
Voici un extrait de l’interview qu’il s’est accordé à lui-même.
STQ. Certains critiques ne sont pas tendres envers vous. Est-ce que ça vous dérange ?
STR. Ça dépend. Si le critique n’en est pas trop malheureux, ça ne me dérange pas. Autrement, je suis navré. J’aime pas blesser les gens.
Q. Ce qui n’empêche pas que certains chroniqueurs vous descendent.
R. Me descendre? Je ne savais pas qu’ils partaient de si haut.
Q. Mais vous n’avez pas de …
R. On devrait se tutoyer, quand même.
Q. Non, je préfère le vouvoiement. Il y a peut-être des gens qui nous lisent. Ça fait plus sérieux et moins complaisant.
R. C’est vrai. Continue-je.
Q. Certains lecteurs, la plupart en fait, ne savaient pas que vous faisiez aussi de la chanson. Je veux dire que vous chantiez et étiez sur le point de sortir un album.
R. … j’attends la question.
Q. Non, je voulais juste dire ça.
R. Eh bien, on le sait maintenant. Ça s’appelle LES NAÏVES. Vous, tu, je le connais? Je, vous, tu l’avez entendu? Tu, je, vous l’aimez ?
Q. Superbe. Génial. Les épithètes me manquent.
R. Euh…je continue à poser les questions? Ou c’est moi? Enfin l’autre? Le Q.
Q. C’est vrai. Pardon, on s’est mêlé là. Euh, pourquoi l’avez-vous-je intitulé
LES NAÏVES ?
R. Parce que le propos dans la plupart des chansons me semble naïf.
Q. Naïf, dans le sens niaiseux ?
R. Euh…b.b.b.b.boui..., si on veut. Mais aussi, surtout, dans le sens candide. Des espérances un peu ridicules. Des observations, des questions, des attentes plutôt enfantines dans ce monde adulte, très sérieux.
Q. Donc, un peu niaiseux ?
R. Euh…b.b.b.b.boui..., si on veut.
Q. On veut.
À part votre parenté, et quelques amis obligés, qui vont peut-être aimer, les autres, les professionnels, les vrais artistes, les connaisseurs n’aimeront peut-être pas votre approche « objecteur de conscience », votre style un peu vieille chanson française. Ne craigniez-vous pas d’entendre de fort méchantes critiques à votre endroit ?
R. M’en crisse.
Q. Non, mais quand même !
R. M’en tabarnaque.
Q. S’il vous plaît ! Mais encore ?
R. M’en sainciboirise.
Vous savez, je peux dire bien du mal des moules, des huîtres et du fromage bleu que je n’aime vraiment pas. Et je connais du monde qui pense tout à fait comme moi. Mais les amateurs seraient bien ridicules d’en être offensés. Et les huîtres encore plus.
Q. Ce qui veut dire ?
R. M’en sacramente.
Q. Ceux qui ne vous connaissent pas pourraient, à l’écoute de vos chansons, se faire de vous une image bien différente de ce que vous êtes en réalité dans la vie.
R. Développez.
Q. À vous entendre on pourrait croire que vous êtes bohème, anarchiste, militant altermondialiste… alors que dans les faits vous êtes antisocial et plutôt petit bourgeois confortable et bien adapté dans son 450. On ne vous voit jamais militer, ni même contribuer à la défense des causes dont vous voulez nous sensibiliser.
R. Renveloppez.
Q. Me trompé-je ?
R. Pas du tout. Je vois que vous me connaissez bien. Je suis pas mal tout ça, en effet. MAIS, doutez-vous de ma sincérité, mon cher monsieur ?
Q. Moi, non. Mais les autres peuvent.
R. Eh bien, nous allons préciser les choses.
Il y a l’action et la pensée. Moi je n’ai à peu près que la pensée. C’est
comme ça. Je ne suis pas tellement porté à l’action ou la mobilisation. Je n’aime pas les drapeaux. Une cause me plaît, je l’embrasse, mais je ne l’épouse pas. Une sorte de célibataire endurci. On peut aimer la mer sans être marin et la montagne sans être alpiniste. Je crois pouvoir aider sans être dans l’action.
Q. Expliquez-vous.
R. Par exemple, je n’ai jamais hébergé un sans-abri. Je ne parcours jamais les parcs pour les nourrir comme des pigeons. Et pourtant je suis de tout cœur avec eux, et j’ai une grande admiration pour tous les intervenants qui leur viennent en aide. Mais, moi, je ne suis pas un homme de terrain : pas ma nature, trop intimidé, paresseux, insociable…. ce que vous voudrez, mais non indifférent pour autant. Au contraire, je suis touché, troublé, je veux faire quelque chose. Alors je prends la plume et par mes écrits, mes chansons, j’essaie d’attendrir les cœurs, sensibiliser mes semblables à la chose, et peut-être qu’ainsi je leur évite quelques roches ou
invectives.
Q. Mais n’est-ce pas un peu facile ?
R. Oh, excusez. Je peux écrire debout aussi, si vous voulez, et avec une charge de 50 kilo. Comme ça, ce sera un peu plus difficile.
Q. C’est pas ça que je veux dire. Ce que je dis c’est que le ventre plein, bien confortable à la maison, tout le monde peut avoir de bonnes idées et refaire le monde avec plein de vœux pieux. Mais rien ne changera si personne ne met la main à la pâte, et ne se mouille, et ne s’implique, et…
R. … mais t’es donc ben haïssable toé, finalement. Je comprends les autres de ne pas m’aimer…
Attention : tout le monde le ventre plein, bien confortablement à la maison, comme vous dîtes, ne refait pas le monde. Je crois même que la plupart ronflent ou écoutent la télé. Sont plus prêts à la réaction qu’à l’action , le genre « qui fassent comme moé, qui travaillent, sti ». Beaucoup n’aiment pas tellement se casser la tête et se remettre en question, si vous voulez mon avis.
La conscientisation n’a rien de confortable. À la maison comme dans la rue, c’est le même combat. Le même combat contre l’indifférence ou le mépris.
Je suis auteur, pas acteur. C’est tout. À la tâche je ne me salis peut-être pas les mains, mais beaucoup l’esprit, croyez-moi.
Enfin, c’est ma façon. Excusez-moi du peu.
Q. …
R. Vous ne répondez pas. Vous ne questionnez plus ?
Q. Je suis un peu blessé. Est-ce vrai que vous me trouvez si haïssable ?
R. Mais nonnnn. Je disais ça comme ça. Tu le sais, je nous aime bien,
… mais parfois on est un peu haïssable.
*****
Primeurs et révélations chocs !
Serge Timmons se confie à… Serge Timmons
Voici un extrait de l’interview qu’il s’est accordé à lui-même.
STQ. Certains critiques ne sont pas tendres envers vous. Est-ce que ça vous dérange ?
STR. Ça dépend. Si le critique n’en est pas trop malheureux, ça ne me dérange pas. Autrement, je suis navré. J’aime pas blesser les gens.
Q. Ce qui n’empêche pas que certains chroniqueurs vous descendent.
R. Me descendre? Je ne savais pas qu’ils partaient de si haut.
Q. Mais vous n’avez pas de …
R. On devrait se tutoyer, quand même.
Q. Non, je préfère le vouvoiement. Il y a peut-être des gens qui nous lisent. Ça fait plus sérieux et moins complaisant.
R. C’est vrai. Continue-je.
Q. Certains lecteurs, la plupart en fait, ne savaient pas que vous faisiez aussi de la chanson. Je veux dire que vous chantiez et étiez sur le point de sortir un album.
R. … j’attends la question.
Q. Non, je voulais juste dire ça.
R. Eh bien, on le sait maintenant. Ça s’appelle LES NAÏVES. Vous, tu, je le connais? Je, vous, tu l’avez entendu? Tu, je, vous l’aimez ?
Q. Superbe. Génial. Les épithètes me manquent.
R. Euh…je continue à poser les questions? Ou c’est moi? Enfin l’autre? Le Q.
Q. C’est vrai. Pardon, on s’est mêlé là. Euh, pourquoi l’avez-vous-je intitulé
LES NAÏVES ?
R. Parce que le propos dans la plupart des chansons me semble naïf.
Q. Naïf, dans le sens niaiseux ?
R. Euh…b.b.b.b.boui..., si on veut. Mais aussi, surtout, dans le sens candide. Des espérances un peu ridicules. Des observations, des questions, des attentes plutôt enfantines dans ce monde adulte, très sérieux.
Q. Donc, un peu niaiseux ?
R. Euh…b.b.b.b.boui..., si on veut.
Q. On veut.
À part votre parenté, et quelques amis obligés, qui vont peut-être aimer, les autres, les professionnels, les vrais artistes, les connaisseurs n’aimeront peut-être pas votre approche « objecteur de conscience », votre style un peu vieille chanson française. Ne craigniez-vous pas d’entendre de fort méchantes critiques à votre endroit ?
R. M’en crisse.
Q. Non, mais quand même !
R. M’en tabarnaque.
Q. S’il vous plaît ! Mais encore ?
R. M’en sainciboirise.
Vous savez, je peux dire bien du mal des moules, des huîtres et du fromage bleu que je n’aime vraiment pas. Et je connais du monde qui pense tout à fait comme moi. Mais les amateurs seraient bien ridicules d’en être offensés. Et les huîtres encore plus.
Q. Ce qui veut dire ?
R. M’en sacramente.
Q. Ceux qui ne vous connaissent pas pourraient, à l’écoute de vos chansons, se faire de vous une image bien différente de ce que vous êtes en réalité dans la vie.
R. Développez.
Q. À vous entendre on pourrait croire que vous êtes bohème, anarchiste, militant altermondialiste… alors que dans les faits vous êtes antisocial et plutôt petit bourgeois confortable et bien adapté dans son 450. On ne vous voit jamais militer, ni même contribuer à la défense des causes dont vous voulez nous sensibiliser.
R. Renveloppez.
Q. Me trompé-je ?
R. Pas du tout. Je vois que vous me connaissez bien. Je suis pas mal tout ça, en effet. MAIS, doutez-vous de ma sincérité, mon cher monsieur ?
Q. Moi, non. Mais les autres peuvent.
R. Eh bien, nous allons préciser les choses.
Il y a l’action et la pensée. Moi je n’ai à peu près que la pensée. C’est
comme ça. Je ne suis pas tellement porté à l’action ou la mobilisation. Je n’aime pas les drapeaux. Une cause me plaît, je l’embrasse, mais je ne l’épouse pas. Une sorte de célibataire endurci. On peut aimer la mer sans être marin et la montagne sans être alpiniste. Je crois pouvoir aider sans être dans l’action.
Q. Expliquez-vous.
R. Par exemple, je n’ai jamais hébergé un sans-abri. Je ne parcours jamais les parcs pour les nourrir comme des pigeons. Et pourtant je suis de tout cœur avec eux, et j’ai une grande admiration pour tous les intervenants qui leur viennent en aide. Mais, moi, je ne suis pas un homme de terrain : pas ma nature, trop intimidé, paresseux, insociable…. ce que vous voudrez, mais non indifférent pour autant. Au contraire, je suis touché, troublé, je veux faire quelque chose. Alors je prends la plume et par mes écrits, mes chansons, j’essaie d’attendrir les cœurs, sensibiliser mes semblables à la chose, et peut-être qu’ainsi je leur évite quelques roches ou
invectives.
Q. Mais n’est-ce pas un peu facile ?
R. Oh, excusez. Je peux écrire debout aussi, si vous voulez, et avec une charge de 50 kilo. Comme ça, ce sera un peu plus difficile.
Q. C’est pas ça que je veux dire. Ce que je dis c’est que le ventre plein, bien confortable à la maison, tout le monde peut avoir de bonnes idées et refaire le monde avec plein de vœux pieux. Mais rien ne changera si personne ne met la main à la pâte, et ne se mouille, et ne s’implique, et…
R. … mais t’es donc ben haïssable toé, finalement. Je comprends les autres de ne pas m’aimer…
Attention : tout le monde le ventre plein, bien confortablement à la maison, comme vous dîtes, ne refait pas le monde. Je crois même que la plupart ronflent ou écoutent la télé. Sont plus prêts à la réaction qu’à l’action , le genre « qui fassent comme moé, qui travaillent, sti ». Beaucoup n’aiment pas tellement se casser la tête et se remettre en question, si vous voulez mon avis.
La conscientisation n’a rien de confortable. À la maison comme dans la rue, c’est le même combat. Le même combat contre l’indifférence ou le mépris.
Je suis auteur, pas acteur. C’est tout. À la tâche je ne me salis peut-être pas les mains, mais beaucoup l’esprit, croyez-moi.
Enfin, c’est ma façon. Excusez-moi du peu.
Q. …
R. Vous ne répondez pas. Vous ne questionnez plus ?
Q. Je suis un peu blessé. Est-ce vrai que vous me trouvez si haïssable ?
R. Mais nonnnn. Je disais ça comme ça. Tu le sais, je nous aime bien,
… mais parfois on est un peu haïssable.
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