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dimanche 5 mars 2017

 

ORÉMUS

 

 

Pour les intentions qu’on LUI met

Les crimes qu’en son NOM on commet

Prions qu’IL n’existe pas

 

Pour SON FILS unique par nous crucifié

Les Innocents sur l’autel sacrifiés

Prions qu’IL n’existe pas

 

Pour les religions qu’on LUI invente

Les rites barbares qu’on lui présente

Prions qu’IL n’existe pas

 

Pour notre cruauté envers SES créatures

Pour SES enfants qu’on soumet à la torture

Prions qu’IL n’existe pas

 

Pour les « God bless America »

Sans pour les autres en faire de cas

Prions qu’IL n’existe pas

 

Pour notre fatuité dans l’outrage

De se dire fait à SON image

Prions qu’IL n’existe pas

 

Pour le jugement dernier et SA sentence :

L’Éternité dans l’ennui ou la souffrance

Prions qu’IL n’existe pas

 
 

***

dimanche 22 novembre 2015



 CHACUN DE NOUS

 

Je m’adresse à vous, hommes de bonne volonté,
Vous qui souhaitez la paix dans le monde,
Le partage, la justice, l’harmonie.
 
À vous tous, sans frontières
Hommes d’honneur, de tout horizon,
De races et de confessions
Respectueux dans votre foi
 Qu’aucune religion ne dénature
 
Vous, qui allez votre chemin,
Sans militer, sans convertir, sans blâmer.
Sourds aux cris de la meute
Muets dans l’émeute,
Seuls responsables de vos actions
Seuls maîtres de vos convictions
 
Vous qui subissez des vôtres
Les appels à la haine,
La vengeance et l’indignation.
Vous qu’on traitera de naïfs,
Traîtres, dupes et lâches
Le Christ recrucifié
Par ces chrétiens
Traîtres, dupes et lâches
À leurs jugements
Pour suivre la troupe aveuglément


Vous, hommes de bonne volonté,
Vous êtes déjà des héros pour l’humanité
Le monde entier vous doit
Le peu de paix qu’elle a.
À vous, milliard de personnes
Que je viens de nommer
Je dis,
Persistez rayonnez  
 Irradiez,
Irradiez et le monde vous suivra
Irradiez et le monde changera.

Chacun de vous, c’est nous,
C’est le milliard que j’ai nommé,
Chacun de nous peut tout changer.
Nous sommes l’espoir de l’humanité.
 

****
 
 

dimanche 15 novembre 2015


PROMENADE

  

Ô mon Âme
J’ai vu ce spectacle grandiose
Théâtre vibrant
Des êtres et des choses
Vu entendu touché
J’étais là, témoin de tout
L’espace d’un instant
Vivant privilégié
Une tranche d’éternité
Goûtant de tous mes sens
L’essence de l’existence
J’étais de cette promenade
Où nous avons été mon cœur
Seuls
Et si nombreux

 
Sur un chemin de campagne
J’allais 
Au milieu d’une toile admirable
Traversant un univers
D’éclairages fauves
D’huiles parfumées
Véritable tableau de grand maître
Où tout est là
Superbement dessiné
Tout est là déjà
On n’a rien à imaginer
Des jeux de lumière
Un son de rivière
Un chien qui aboie
Des roches des ronces des pierres
Arbrisseaux se bousculant
Entre les arbres fiers
Il ne manque que l’espace

 
Et la vie dans tout ça qui fourmille
Furets escargots fourmis
Étrangers l’un à l’autre
Impliqués l’un et l’autre
Me regardaient passer
M’attendaient même peut-être
Être vivant mon Âme  
Vivant
On devrait s’en étonner toujours

 
J’étais du décor
Exactement au centre de tout
En invité ou en intrus
J’allais
Chez moi et chez eux
Étranger des lieux
Petit voilier sur la mer
Fragile et audacieux
Mais toléré des dieux
Et je me disais
«Regarde mon âme
   Ce monde qui te reçoit
Il ne te doit rien
Tu lui dois respect
Apprends de lui la paix
Tous ces destins luttent et se côtoient
En contraintes et en contraires
Et pourtant
Rien ne déborde
Tous assujettis
Ordonnés dans le fouillis
Suivant
Ô mystère
  Quelque chose
  Comme un Grand Ordre »
 

Nous passions
Mon âme
Bêtes et béats
Bêtes sans être sots
Bêtes comme les bêtes
Qu’un ventre plein suffit
Félin alangui
 Presque végétal
Ah
Ne plus penser
Voir
Ne plus penser
 Sentir
Ne plus penser
Entendre
Ne plus penser
Être
Être spectateur attentif
Humble et discret
Oubliant un instant
L’idiote prétention
D’être dominant
On a de supérieur que la capacité de détruire
Les êtres les mieux adaptés
  Comme cette hirondelle qui vient de passer
Capable sur trois dimensions
De se mouvoir dans l’horizon
Un mouvement d’ailes
La voilà envolée
Laissant par terre
L’être lourd que je suis
Traînant comme boulet
Sa conscience vaine
Futilité
Dont toute la nature se passe

 
Je rentre de cette promenade
Comme on revient d’un cirque
Encore étourdi
Par tant de voltiges
Toujours ébloui
Devant le prodige
Et je comprends que la solitude n’existe pas
Il y a toujours le décor
Il y a toujours l’autour
Il y a moi qui parle
Il y a mon âme qui écoute
Nous sommes seuls
 Mais si nombreux

 
Vivant Vivant Vivant
On devrait s’en étonner toujours
De l’éternité juste un instant
Juste un instant
Et c’est bien suffisant

 

***

 

dimanche 18 octobre 2015

 
BÉNÉDICITÉ
 
 
 
Passons à table mes amis !
C’est un jour heureux, nous sommes tous réunis
Mangeons, buvons, rions
En ce jour de félicité
La table est pleine, il ne manque personne.
Profitons de nous voir ensemble
Mangeons, buvons, rions
Mais, s’il vous plaît !  Je ne veux rien entendre
Des malheurs et de vos ennuis
Vos chagrins ou discours aigris
Je ne veux entendre que poésie
  Beaux discours et philosophie
Mangeons, buvons, rions
 Sans nous laisser distraire
Par des propos contraires
On enviera longtemps ce jour béni
Où nous sommes si près de nos amis
Ne nous mettons pas à distance
Par nos trop rares différences
Mangeons, buvons, rions
Profitons de notre chance
En nous rappelant désormais
Que le bonheur, c’est maintenant ou jamais
 Qu’un autre jour il n’y aura rien de plus regrettable
Qu’ici même, une chaise vide
autour de la table
Mangeons, buvons, rions
Aujourd’hui, c’est un jour heureux
Nous voilà encore tous réunis
Et une autre fois, je vous le dis
Je ne veux rien entendre qui ne soit poésie
Beaux discours ou philosophie.
 
 
****

dimanche 22 février 2015



Pleurer de la beauté

 

Tous ces malheurs
 Ces gens affamés
Toutes ces laideurs
 Ces abandonnés
Toutes ces douleurs
 Ces morts par milliers
Le mal de cœur
 Le mal d’aimer
Me fait chagrin
Me fait saigner 

Mais rien ne me fait pleurer

La tristesse me laisse l’œil sec
Et le cœur mouillé
La douleur me fait mal
Et me fait crier

Mais seule la beauté
Me fait pleurer 

La beauté du geste
De la reconnaissance
De la main tendue
De la main prise
Du silence entendu 

Seule la beauté m’émeut
Et me fait pleurer
 

***

dimanche 13 avril 2014


                    ADIEU CHAPS!
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
J’ai perdu mon compagnon.
Mon compagnon de contemplation, de méditation, de farniente.
Assis l’un à côté de l’autre, nous étions voisins de voyage dans la rêverie.

Dans le silence de nos conversations, j’apprenais l’humilité, le respect, l’intégration harmonieuse avec l’environnement. En observant les mouvements saccadés des narines de son museau, je le savais dans une pensée profonde et je me taisais, m’interdisant toutes interventions qui forcément auraient fait de moi un abruti, et l’auraient sûrement déçu. En ces moments-là, je m’efforçais à lui épargner mes opinions, mes arguments, mes états d’âme, tous ces bruits inutiles.


Tu me manqueras mon compagnon. 

Moi, je sais que je ne te manque déjà plus, et ça me réconforte un peu; l’absence est pour ceux qui restent.
Si nos âmes existent dans l’au-delà, alors je te reconnaîtrai, et nous renouerons nos connivences.

 
Salut mon vieux Chaps! 
Mon cher compagnon.

***

dimanche 23 mars 2014


COMME LA NEIGE

 

Comme la neige l’hiver passé
Fondue.  Oubliée
C’est comme ça
Rien pour, rien contre
Ça ne nous concerne plus
C’est déjà loin
Quand elle reviendra
On s’en souviendra

Comme la neige aujourd’hui
Elle recouvre le jardin
L’herbe verte, la balançoire
On ne voit plus l’été
Tout est caché, enseveli
Pourtant tout est là, dessous
Attendre plutôt que laisser
Attendre 

Il voulut conquérir le monde 
C’était bien possible
Mais le monde a fui devant
Il est retourné sur son île
 C’est comme ça
Ça ne nous concerne plus
C’est déjà loin
On oubliera


***

dimanche 13 octobre 2013


Présence



Le ciel te regarde
Prends garde
Tu n’es jamais seul
Le ciel te regarde
  
Comme en ce moment
Ici maintenant
Je souffle dans ton cerveau
Sens-tu ma présence

Tu n’es plus seul
Je m’infiltre lentement
Je me dessine dans ton esprit
Je vais prendre forme
Et te rejoindre bientôt
Imagine-moi, et je serai là
D’ailleurs j’y suis un peu déjà


Sens-tu ma présence
Encore quelques mots
J’apparais bientôt
J’arrive j’arrive
Tu peux fermer les yeux

Je te vois maintenant
Je te vois lire
Tu n’es plus seul
Ça y est, je suis avec toi
Je suis là


****

dimanche 9 juin 2013


IN MEMORIAM
(Il y a un an aujourd’hui)      

Adieu Michel…  
 
Le téléphone sonne : « Michel est mort. »
La phrase résonne encore comme un coup de masse frappant le roc. Ça cogne dur, ça rebondit, ça ne rentre pas.

   Ça fait 44 ans que je connais Michel, 44 ans qu’il est dans le paysage. Premier étranger vraiment à se greffer au cœur de notre famille, parce que dans le cœur de Ghislaine, le cœur de la famille.  


   Été '68, il débarque chez-nous comme un prince. Beau, jeune, cool, apportant la modernité dans notre salon avec son système stéréo haute-fidélité. Wow! Et ç’a été l’été de la musique. Fini le rigodon et la « Faute au Bossanova », le prince aimait James Last, alors c’était James Last. Il aimait aussi Richard Anthony, alors Princesse faisait jouer Richard Anthony, beaucoup de Richard Anthony. L’inusable Richard Anthony. Juste trois disques, mais Christ!  Oh, pardon…  Hostie, qu’ils ont tourné souvent! Un côté fini, change de bord, l’autre bord fini, change de disque, le disque fini, met l’autre, puis l’autre, et on revient au premier, et c’était comme ça dix heures par jour, dix jours par semaine, les dix semaines de vacances au complet.

   Très tôt, on a découvert que Michel avait une manie : il aimait bien démonter les affaires, puis les remonter. La plupart du temps, ça marchait, je veux dire que ça ne changeait rien. Sauf, pour ma carabine à pellets. Il m’avait dit « on pourrait sûrement l’améliorer »… en comprimant, ou étirant le ressort (j’ai pas trop saisi le plan), en tout cas, une affaire de rien, on en a pour 15 minutes, « Ghislaine va me chercher une bière. »

   Deux jours plus tard, monte pis démonte, il nous restait toujours des pièces dans les mains, pis c’était jamais les mêmes. On l’avait améliorée, ah oui, était plus légère, puis maintenant on ne perdait plus les plombs, on les voyait tomber en avant du canon. Moi, je m’en foutais pas mal de ma carabine, l’important c’est qu’on avait eu du fun. Puis l’intention était bonne, c’est juste que ça voulait pas coopérer. 

   Bien tout ça pour vous dire que, quelques jours plus tard, arrive ma fête, et dans de longs énoncés énigmatiques (on n’était pas encore habitués), on a fini par comprendre qu’il voulait que Ghislaine aille chercher le cadeau qu’il avait pour moi. Il m’avait acheté rien de moins que la meilleure carabine à pellets au Québec, quasiment une arme à feu. 

   C’était ça, Michel, PAS CHEAP du tout. Que du beau, que du bon, pour lui, comme pour les autres. Je le sais, j’ai porté ses chemises, il me les refilait. Toujours des belles chemises de qualité, presque pas usées, j’étais content. À un moment donné c’est ses Playboys qu’il m’a refilés. Une caisse de Playboys, pas tous des modèles récents, mais quand même tous des beaux livres presque pas usés. Quand t’as 16 ans… t’es content. 

   Ça fait déjà plus de quarante ans tout ça. Je me demande si ce n’est pas parce que le temps passe trop lentement qu’on ne le voit pas passer. Tout change en même temps, on ne se rend pas compte tout de suite de l’ampleur que prennent les choses, on vit toujours au présent. Le petit fouet planté dans la cour, bien après quarante ans c’est devenu un gros arbre. C’est quand il disparaît qu’on remarque tout l’espace qu’il occupait, puis ça fait un grand trou.

*

   Michel, je crois bien que samedi dernier ta vie a été détournée, une sorte de raccourci pour l’infini. Le temps maintenant n’est plus important. Suffit d’avoir été, c’est tout ce qui compte. Le souvenir dans le cœur fera le reste.


   Chez nous, tu n’as pas fait que passer, mon vieux, tu t’es installé, à demeure, à jamais.


                                               Adieu Michel,
                                               Bonne éternité, mon frère.
 
 
 
 
 
***
 
 
 

dimanche 13 mars 2011


Humeur d’hiver


Je donne ma langue au chat
Mes dents au chien
Mon cœur au loup
Mes jambes au cou
Mes bras au ciel
Mes reins à rien
et
Mon pied au cul


**


En ces froides journées d’hiver
Je pense parfois à mon pauvre père,
Qui n’a même plus la peau sur les os,
Qui repose six pieds sous terre :
Tu n’as pas trop froid ?
Non, tant que tu penses à moi.


**

dimanche 16 mai 2010

Mon cœur s’est tu



Mon cœur ne parle plus
Il s’est tu

Je voudrais parler mais le cœur n’y est plus
Il est en douleur Et il s’est tu
Alors rien ne va plus

Que reste-t-il ainsi de moi
Pantin aux fils rompus
Pantin qui ne joue plus
Que reste-t-il ainsi de moi

Qu’un vague animal
Qu’une viande perdue
Même les loups ne me désirent plus
Ils voient bien que je n’ai rien à défendre
Rien d’une âme tendre
Rien d’un cœur déjà mordu
Mon cœur qui ne parle plus
Qui s’est tu
Tu.


***

dimanche 28 mars 2010

JOUR DE BUANDERIE
Satire

Tableau III

Il y a encore dans cette buanderie
Une grosse maman et ses deux enfants chéris.
La mère tâche fort de rendre son linge blanc
Et ces petits rejetons, eux, de briser un banc.
On peut voir l’aînée, à pieds joints, sauter dessus,
Tandis que dessous rampe le cadet reclus.
Il en est à mordre le bois quand, tout à coup,
En arrachant la tuile, il renifle beaucoup :
Péniblement il tire d’un amas de poussière
Une chose étrange faite d’une gluante matière,
Genre de sucrerie devant être autrefois
Petit bonbon à peine sucé quelques fois.
Comme clochard trouvant un cigare, le petit
Exhibe sa trouvaille avec joie et appétit
À sa sœur ainée qui en éructe à l’avance
Du goût divin que doit avoir cette substance.
De droit d’aînesse elle réquisitionne l’objet
Et le met dans sa gueule, d’un coup, au complet.
Le bébé en criant le lui sort de la bouche
Elle le reprend… et commence une lutte farouche.
Le bonbon se fait tirer à gauche et à droite,
Prenant soudain des couleurs dans leurs mains moites.
Puis le cadet, lassé, crache sur elle et fait gaffe,
Car insultée v’là, comme un chien, qu’elle gronde et paf!
L’immonde ainée dans un geste vif et subit
Fait claquer sa main dans la face du petit,
Lui arrachant, mon dieu, presque du coup l’œil droit
(Ce qui, sur le choc, le remet presqu’à l’endroit).
Furibond, le bambin charge en se relevant
Dans l’estomac de sa sœur, mou et recevant.
À coups de genou au menton elle l’édente,
Mais il mord toujours plus dans la chair abondante.
Beaucoup de bruit, de cris, de larmes et de pleurs
Se mêlent aux échanges de ces deux querelleurs.
Au tumulte, la mère soupçonnant un scandale
Vers les deux pugilistes aussitôt dévale.
Les lèvres serrées, la cigarette pendante
Elle roule ses manches et s’avance menaçante.
Elle distribue les claques et multiplie les gnons,
Ici c’est un crâne qui écope, là un chignon.
Sous les coups battants je l’entends qui les exhorte
À ne pas l’un et l’autre agir de la sorte;
Qu’il ne sied pas très très bien entre frère et sœur
Se chamailler pour un bonbon pas bon d’ailleurs.
Et pour prouver qu’il est méchant elle l’engloutit
Faisant mille grimaces qui font peur aux petits.
La paix revenue elle retourne à ses linges
En suçotant le pas bon bonbon comme un singe.
Les faces écarlates de coups et de honte
Mes deux éclopés font maintenant le décompte.
En gens du monde ils se remettent des morceaux :
Voilà pour la grosse un peu de robe et de peau,
Pour le petit, une main pleine de cheveux.
Il lui manque une dent… ça lui en fera deux.



****

dimanche 28 février 2010

JOUR DE BUANDERIE
Satire

Tableau II

C’est là un lieu public où la plèbe fourmille
Venant y laver son linge sale en famille.
Le papa, la maman, les enfants, le chien même,
Y défilent bras chargés, contents, sans problème
Dans ce fief de Germaines, la gent lavandière,
Qui, savon en main, plantées en front de bandière
Devant leur machine s’activent, frottent, détachent,
Manches retroussées, courant sus aux fortes taches.
Celle-ci, penchée sur son lot, la tête hérissée
De deux cents bigoudis aux cheveux bien vissés,
S’emploie à plier en petits paquets carrés
Des serviettes aussi laides que bigarrées
Ces deux-là lancent en l’air, comme pour couvrir un lit,
Une couverture que, bout à bout, ensuite plient.
Cette autre-ci, courbée, voilà qu’elle déboule
En poursuivant au sol une monnaie qui roule.
Tout près, sur mon banc, trois nouvelles connaissances
S’échangent toute leur vie, ce, depuis leur naissance ;
Chacune y allant de franches banalités
Sur leur pauvre sort, la dure réalité.
Elles placotent et caquettent comme des poules,
S’exhibent cicatrices, verrues et ampoules.
Mais à ma droite : autre banc, autre langage !
Deux dames, marquises de ruelles, s’engagent
À me tordre l’esprit de leurs propos aigus
En rendant les phrases pompeuses et ambigües.
Elles se cherchent en tout une certaine élégance
S’émeuvent, se pâment, se flagornent à outrance.
Le cou dressé, pinçant le bec comme deux oies
S’effleurent la main quelquefois du bout des doigts,
Initiant l’autre à un secret des plus prisés
Qui lui tire un cri ou un rire diésé.
De ce méchant portrait, vite bornons le cours
Je veux de cette scène épicer mon discours :
Deux mégères, l’œil en coin, convoitaient une sécheuse
Qui bientôt serait libre et ferait une chanceuse.
Avant même que l’autre eût fini de tout vider,
Pour prendre possession, eurent la même idée ;
Et l’on vit des vêtements voler des deux parts
Atterrir dans la cuve en guise d’étendard.
S’injuriant et voulant remporter l’avantage,
Linge après linge ainsi lancèrent tout leur lavage.
De l’engin chacune s’octroyait la conquête
Et sommait l’adversaire de battre en retraite.
Se mirant, face à face, les poings sur les hanches ;
On crut, un moment, assister à une manche.
Une gaupe intervint, mais en en appuyant une,
Se fit dire par une autre qu’elle était importune.
Une autre encore s’en mêla, puis une autre aussi,
À la fin deux clans rivaux se formèrent ainsi
Transformant cette laverie en pétaudière
Et dans un marasme la plongeant toute entière.
Pendant que la rage leur découvrait les dents
Le tenancier, homme sage mais peu prudent,
Vint au centre d’elles, comme jadis Salomon,
Refroidir les esprits de ses bouillants sermons.
« Ô pécores, dit-il (on voyait qu’il parlait bien),
Entre-t-il tant de haine en vos maternels seins ?
Puissent-ils à la fois nourrir bébés et serpents ?
Calmez vos transports, je vous prie, au plus coupant.
Il vous sied mal, femelles, ce ton disgracieux,
Pensez à vos enfants ! Cachez vous de leurs yeux.
Sur ces faibles esprits les exemples font loi.
Et ceux que vous offrez sont fort mauvais, ma foi !
Car enfin, mesdames, mes sœurs, mais pensez donc
Que dans toute bataille on ne s’arrange onc.
Même gagnant on perd gros, sauf peut-être l’orgueil
Qui de la raison trop souvent arrache l’œil.
Voyez donc dans vos luttes lavandièricides
L’impertinence fâcheuse qu’elles décident :
Pour gagner minute sur l’autre, petites gens,
Vous perdez votre temps et je perds mon argent. »
Cette brève mais cinglante admonestation
Fit l’effet d’une certaine accommodation ;
D’un commun accord, elles convinrent sur un point
L’entrer dans la cuve avec le linge à coups d’poing.
Or, voyant en quel péril il s’était conduit,
Il proposa, in extremis, un tour gratuit.
Ce qui mit fin à la querelle des féroces ;
Un séchage commun, gratuit, et sans négoce.


****

dimanche 21 février 2010

JOUR DE BUANDERIE
Satire


Tableau I

Funestes cent fois ces jours où, dru dans la crasse,
De cent mille maladies tout mon linge me menace,
Et ne servant plus qu’à me couvrir d’opprobre
Me conduit en ces lieux nous venger des microbes.
Ma conscience, pourtant si aisée à distraire,
Souffre mal cette loi mais ne peut s’y soustraire.
Aussi donc une fois semaine je me hasarde
À la buanderie pour y laver mes hardes
Mais quelle porcherie ! Un véritable égout.
On y verrait des rats, s’ils n’en avaient dégoût.
Parole ! Mes amis seront là pour le dire,
Même chez moi, avant, ce ne fut jamais pire.
Car il y eut un temps, oui c’est vrai, je l’avoue,
Ce n’était pas trop propre, ni trop sain chez nous.
Quelques araignées, fourmis et autres vermines
Y trouvaient gîte, franches lippées, concubines.
Le désordre propice à tant d’écartements
Me faisait tout perdre, même un appartement.
Mais en locataire de mansarde averti
À l’austère hygiène je me suis converti.
Maintenant c’est rangé, tout est net et tout brille.
Mes chambreurs sont partis, on y trouve une aiguille !
Mais, ici, tout est noir ; on blanchit mais en vain.
Jamais on ne se lave sans salir le bain.
Pendant que les taches se mesurent aux enzymes,
Que le linge fouetté par l’eau secoue les machines,
Aux rebords du couvercle se gonfle une broue
De savon mêlé de crasse, et qui peu ou prou
Sur le plancher, lentement mais salement, glisse
En laissant sur les parois de longues coulisses.
Par terre, la lavure en rigoles serpente
Se verse dans la flaque au plus creux de la pente.
Les tuiles déteintes, rongées par l’érosion,
Se décollent par morceaux ou se fendent en lésion.
Des nuées de boucane s’étirent dans l’air humide
Où montent des vapeurs et des odeurs fétides.
Dès qu’un sac se dénoue, d’abord comme un ressort,
Avant même le linge sale le remugle en sort
Et part se conjuguer à la transpiration.
Tous verdissent dans la pièce de ces émanations.
Sauf un aveugle enrhumé se détendrait, mais
Il lui faut regretter de n’entendre jamais.
Ça jacasse, ça pète, ça pleure et ça claque.
Murs, fenêtres, machines vibrent, craquent.
Bang ! Bang ! Encore bang ! Et bang encore ! Je prie.
Je me mâche les doigts pour avorter un cri.
Une grosse, à grands fracas, obstinée et brutale,
S’enrage à mal fermer un couvercle en métal.
À tout ça, se mêlant aux sourds vrombissements,
Comme des milliers d’échos venant incessamment,
On ouï des bonn’femmes les cris, les ordres aigus,
Les jurons et les orages de coups de pied au cul.
L’enfant brutalisé autant que les engins
Au désespoir inlassablement cille et geint.
On voit des mères dans un débordement pareil
Tirer de chaque côté, un panier, une oreille.
Dans ces endroits désolants que n’ai-je pas vu ?
Que de têtes déplorables ont troublé ma vue !
Que de bruit, que d’agitations m’ont tourmenté !
Que de mères se sont plaintes et d’enfants lamentés !
Tant de remous m’agitent qu’enfin pour m’en défaire
Oyez et voyez ce tableau que j’en vais faire.


****

dimanche 25 octobre 2009

Quand tu lèveras les yeux



Quand tu lèveras les yeux
Tu verras

À ton malheur
Il y a les fleurs autour
Les oiseaux dans ta cour
Tant de douceur

À ton grand malheur
Il y a un ciel bleu tout en haut
Un arc-en-ciel dans le ruisseau
Tant de couleur

Quand tu lèveras les yeux
Tu nous verras

À ton chagrin
Reste ce bonheur passé
Ces jours heureux à passer
Avec les tiens

À ton grand chagrin
Il y a toutes nos mains tendues
Comme une échelle suspendue
De nos liens

À ton épreuve n’oublie pas
Qu’il y a encore tout ça

Quand tu lèveras les yeux
Tu nous verras nombreux
À t’attendre
Pour te reprendre.


***

dimanche 21 juin 2009

Aujourd’hui, fête des Pères, je vous présente le mien. Il y aura bientôt six ans on le portait en terre. Voici l’hommage présenté.


Un homme heureux



J’ai connu un homme heureux,
un homme entier avec ses défauts et ses qualités.
Un homme simple qui aimait la vie,
et la vie aussi, je crois, l’a beaucoup aimé,
l’épargnant à tout le moins à de mauvais destins.
Elle en a fait, j’en suis témoin,
un homme heureux.
Un intrépide, fou ou courageux,
capable d’épuiser en une seule journée
deux anges gardiens des mieux formés.
En tout cas, il y avait quelque part
quelqu’un qui tenait à lui.
Ou c’était peut-être tout notre amour réuni.

Je vous parle d’un homme
avec une forte personnalité
qui prenait beaucoup de place,
parfois même dérangeant,
mais le plus souvent arrangeant.
Et jamais, jamais ennuyant.

J’ai connu un homme simple, sans chichi.
Sans grandes manières, mais jamais vulgaire.
Un homme de principes et de parole.
Un homme de bon jugement et de gros bon sens.
Mais surtout, j’ai connu un homme heureux.

Un homme heureux, donc sans histoire,
avec cent histoires pour nous faire rire.
Un homme simple pouvant se contenter
d’épouser que la plus belle femme du quartier.
Un homme sans compromis n’achetant, selon lui,
que les meilleurs produits...
et, étonnamment, toujours les moins chers !
Un homme fier et pas envieux
vu que déjà, lui,
il l’était irlandais !

Mais plus que tout ça,
j’ai connu un homme heureux.

Pour beaucoup réussir dans la vie
demande qu’on acquiert diplômes,
reconnaissances, titres et fortunes.
Pour plusieurs la valeur ou le mérite
se mesure de médailles et de gloire.
À chacun son modèle.
À toutes ces vies de gens riches et célèbres
moi j’envie d’abord celle d’un homme heureux.

On connaît un homme heureux quand il dit :
« Quand y en aura pu, y en aura d’autres »
quand il s’appelle « Joe Meilleur,
si ça fait pas ici, ça f’ra ailleurs »
quand il chante : « Pas de culottes !».

Un homme heureux, quand c’est votre père,
c’est un être immense !

C’était un homme heureux
vous pouvez vérifier.
Je vous laisse choisir au hasard :
un lundi matin d’octobre,
un mercredi soir de novembre,
chez lui, au travail, ou ailleurs,
et, à peu près, à toutes les périodes de sa vie;
je vous laisse choisir,
et je peux vous dire, sans regarder,
que vous le trouvez en train de s’amuser
ou de siffler en travaillant.
Même ici, en ce moment,
je soupçonne que c’est encore lui
le moins malheureux.

Papa, pour nous, tu viens de passer
dans une nouvelle dimension.
Comment c’est ? On sait pas.
Mais j’aime à penser que
s’il n’y a rien
au moins tu ne le sais pas.
Et que s’il y a quelque chose...
tu sais déjà
qu’on se retrouvera tous.

En attendant, je te salue
au nom du fils et du père
que je suis maintenant.
Amen !
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