dimanche 13 mars 2011


Humeur d’hiver


Je donne ma langue au chat
Mes dents au chien
Mon cœur au loup
Mes jambes au cou
Mes bras au ciel
Mes reins à rien
et
Mon pied au cul


**


En ces froides journées d’hiver
Je pense parfois à mon pauvre père,
Qui n’a même plus la peau sur les os,
Qui repose six pieds sous terre :
Tu n’as pas trop froid ?
Non, tant que tu penses à moi.


**

dimanche 27 juin 2010

Insomnie
(Paroles et musique : Serge Timmons)


Ah, je dors pas, j’dors pas, j’dors pas …
Qu’elle heure qu’il est donc là?
Minuit !
Pis faut qu’j’me lève de bonne heure, demain midi.
Pour gagner ma vie.
Gagner sa vie! C’est quelque chose ça
Quand tu gagnes jamais rien… dans la vie.
Pas moyen de m’endormir.
J’pense à toute, j’pense à rien.
Tiens, j’vas compter des moutons : 1-2-3-4-5-6-7-8-9-
Dix moutons, neuf moineaux, huit marmottes, sept lapins…
Ah non, non, arrête ça. Faut dormir.
Pis j’haïs ça compter des moutons.
Ça me distrait,
Y ont pas l’air vrais
Ils m’ont l’air au coton...
Tic tac tic tac tic tac…
Yé quelle heure là?
Deux heures moins quart !
Pis j’dors pas encore.
Boum ,boum, boum, boum…
C’est quoi ce bruit là dans mes oreilles?
Ça me réveille.
Ah, c’est mon cœur.
Boum, boum, pfff, pfff, boum, boum…
Me semble qu’il saute des coches lui-là.
Aïe, faudrait pas qu’il lâche.
Aïe, j’ferais quoi, moi ?
J’me plogue sur quoi, moi-là ?
Pas de génératrice, pas de batterie, pas de spare.
Peux pas aller ailleurs. Peux pas attendre à demain…
Lâche pas mon cœur.
Toffe, toffe mon pauvre cœur…
Mon pauvre cœur, pompe ton sang
Je n’ai plus d’amour en réserve
Je n’ai plus de feu, que du sang.
Pompe mon cœur, qu’au moins tu serves,…
Les temps sont…
Ah, ta yeulle, ta yeulle !
Faut que tu dormes.
Tic tac tic tac tic tac…
Maudite oreiller, encore toute chaude.
J’passe mon temps à la retourner.
Ça me réveille.
Je vais inventer un refroidisseur d’oreiller.
J’m’a ben finir par devenir millionnaire !
Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt,
Imagine toi, ceux qui dorment pas…
Si j’voulais, j’aurais le temps de régler
Tous les problèmes dans le monde.
Ouais… Mais c’est peut-être ça mon problème :
J’me couche après les Nouvelles.
Ça va mal dans le monde
Pis j’le prends personnel.
Penser, penser, penser :
C’est rien que ça que je fais penser.
J’pense à toute, j’pense à rien.
J’pense à penser à rien
Comme un politicien
Sauf, que je dors pas !
Envoye Serge, fa toé une chanson,
Ça va peut-être t’endormir
D’habitude, t’es bon là-dedans
Lalalalalalalalala…

RRRRRRRRR


Copyright © 2009 S. Timmons

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Comme vous voyez j’ai besoin de vacances. On reprendra donc cette chronique quelque part en septembre. Bon été !

dimanche 20 juin 2010

La paternité, le propre de l’Homme


Une mère et ses petits. Quel beau tableau ! D’instinct, la femelle protège ce qu’elle enfante. C’est un lien fort, naturel, bien observable dans la nature. Pas folle la nature, elle a prévu bien des choses. D’abord deux sexes, chacun manquant terriblement à l’autre pour qu’ainsi l’espèce se recherche, se reconnaisse. Et puis, un sexe seulement pour reproduire l’espèce. Un seul. (Toujours le même, sinon ce serait l’anarchie). Un seul sexe responsable de la continuité de l’espèce. Fondamental. Un sexe produisant à la fois l’un et l’autre, le mâle et la femelle. Quel est ce super sexe? La femelle. Eh, oui. L’autre, le…, voyons, l’autre-là, … c’est quoi encore… ah oui, le mâle, eh bien, lui il butine, batifole, s’amuse et fournit à l’occasion la clé de la serrure. Mais à part ça pas grand-chose; il ronfle ou s’occupe à la guerre. Il tue ses semblables, surtout de potentiels rivaux, et retourne ronfler auprès des femelles qu’il (autre activité prenante) essaie de séduire.

Voilà en résumé (et enfin dévoilé) le mystère de la nature.

Mais le tableau ne serait pas complet, enfin disons fonctionnel, si la femelle ne se transformait pas tout à coup en maman. UNE MAMAN. Fini la jupe courte pour séduire le gros mâle épais. Ses attributs serviront d’abord à nourrir le rejeton. Un lien fort, pratiquement inconditionnel, fera qu’elle protégera, du moins pour un temps, la vie qu’elle donne. Et c’est bien heureux, car s’il fallait que son premier réflexe soit de manger sa progéniture on serait bien avancé ! Non, la Nature a prévu le coup, elle a disposé un ingrédient essentiel chez la femelle, la « maternité ». (Non pas l’amour, arrêtez-moi ça, la maternité. On est scientifique là, pas romantique). Voilà pour la nature : la maternité, et la vie continue.

Et la paternité dans tout ça ? Bah, ça n’existe pas. C’est une invention de l’Homme. La nature n’a pas besoin de ça. Mais si la Nature n’est pas folle, l’Homme n’est pas fou non plus. En tant qu’être conscient, orgueilleux, et j’ajouterais sentimental, l’homme, je veux dire le mâle, c'est-à-dire l’homme de l’Homme... enfin vous comprenez ce que je veux dire, n’a pas voulu être en reste et, par des liens intellectuels forts, il a créé un type de maternité inusité dans la nature : LA PATERNITÉ. Une relation cérébrale avec sa descendance, unique à son espèce. N’est-ce pas merveilleux? Plus que le sang la relation s’établit sur la conscience, la quête de l’identité, le tutorat. N’est-ce pas aussi un très joli tableau que celui d’un père tenant la main d’un enfant marchant à ses côtés ? La nature s’en étonnera peut-être. Trouvera ça peut-être superflu. Pas moi. Pour une fois je trouve que l’Homme a eu une très bonne idée pour la suite du monde : un papa. Un PAPA, et le petit est doublement protégé, mieux encore, diverti. La nature devrait s’en inspirer. Voilà où je voulais en venir, mais il fallait avant tout expliquer.

Bonne Fête des Pères !


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dimanche 13 juin 2010

Mot à mot



DANS LA VIE, FAUT SAVOIR CONJUGUER.

À présent mon passé est imparfait.
Il est impératif que mon futur soit plus que parfait.
Ce n’est pas conditionnel.

Bon, je sais, c’est simple, je ne l’ai pas assez composé.


UN LIVRE, COMME SI VOUS Y ÉTIEZ

C’est bien un film, ça nous permet de voir une histoire. Mais un livre c’est mieux, ça nous permet de la vivre.


PENSEZ AUX MOTS

C’est utile des mots, ça permet de penser. Notez tous les nouveaux mots que vous trouvez, ils pourront vous servir un jour pour vous déprendre dans vos pensées.


MOI, LIBRE ?

Jamais. Jamais je n’accepterais de faire autant de concessions.


SIMPLEMENT

La simplicité volontaire, bien sûr. J’essaie de la pratiquer… mais à l’épicurienne. Disons que je me considère un simplicitaire modéré.


DANS LE FASTE ET L’OPULENCE

C’est bien normal quand on réunit 42 chefs d’État pour une conférence exceptionnelle sur la crise alimentaire mondiale.
À Rome, en 2008.


LE CHAMP D’HONNEUR

On n’a plus d’argent, rentrez aux pays !
Mais la guerre, monsieur ? La Cause ? L’honneur ?
Bah ! On n’a plus les moyens.

Mauvais calcul.
On fait des guerres qui coûtent des milliards quand on aurait la paix à moitié prix, si on partageait un peu. Mais on ne compte pas là-dessus !


CES HOMMES QUI HAÏSSENT TROP

Haïr, c’est trop de considération.
Ne pas aimer me suffira.


L’INCOMPRIS

Quand j’ai demandé un coup de main, je ne pensais pas l’avoir dans face.


LÉGITIME DÉFENSE

Je suis pacifiste, mais j’espère avoir les os assez durs pour que tu te casses les jointures.




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dimanche 6 juin 2010

Lettre à un camarade en voie de découragement



Vivre de sa passion, c’est le rêve de tout le monde. Certains y parviennent, mais la plupart n’y arrivent pas. Certaines passions sont plus vivables que d’autres, le commerce par exemple. Ça, ça marche plutôt bien dans notre société. Mais la chanson, la chanson ! mon pauvre vieux, des plans pour en mourir. On ne vit pas de la chanson (sauf exception, bien sûr), mais on vit par elle. Ça nous prend ça. Sinon, le pacte du quotidien ne tient plus pour des passionnés comme nous. Aussi bien se faire à l’idée. Nous sommes des amuseurs, nous offrons au monde des friandises. C’est beaucoup pour notre gloire, mais c’est bien peu pour le commerce.
Et puis des rêveurs pour divertir le peuple, ça en prend. On n’est pas loin de la charité chrétienne. Pense à ça chaque fois que tu crèveras de faim. Socialement, nous sommes une fantaisie nécessaire.

Question d’âge maintenant, tu te sens trop vieux ? Bah, je ne vois pas ce que cela vient faire dans l’affaire. Oui je sais, je perçois bien comme les autres la vue unique (comme la pensée); la chanson c’est jeune, c’est body, pas l’affaire des mononcles. Les jeunes peuvent chanter des chansons de matante à Star Académie, ça passe, mais un vieux avec une création toute moderne n’a pas d’affaire-là. On n’est pas assez habitué à ça. Mais au-delà de la surprise, peut-on en revenir un moment donné? La chanson ou la littérature, ou la peinture, ou la sculpture… bref ce n’est pas l’athlétisme, ce n’est pas entreprendre une carrière au hockey. Veux-tu bien me dire ce que l’âge a affaire là-dedans ?
Ah, c’est vrai, les producteurs ne voudront pas investir des milliers de dollars dans un vieux qui peut crever d’un moment à l’autre. Trop risqué. Ils aiment mieux perdre nos subventions dans des carrières qui foirent 7 fois sur 10.

Et puis je ne suis pas si sûr que le temps nous soit plus compté pour nous. Les jeunes n’ont pas plus de temps que nous pour réaliser leur rêve. Ils sont impatients, ils ont une famille à fonder, de l’argent à ramasser, plein de bébelles à acheter. Si après quelques années ils ne percent pas, ils deviennent vendeurs. Ou alors ils restent artistes toute leur vie, et le succès viendra ou viendra pas. Ça nous ressemble, je trouve. Une carrière se développe sur 5 ans, en moyenne. On a au moins ça devant nous. Les Beatles ont tout fait en 10 ans. On fera un peu moins, c’est tout. Au pire.

« Oui, mais le succès ne vient pas. Et ça devient long à cinquante ans. » Là, mon vieux, on touche le fond de la chose. Je ne sais pas trop ton parcours, mais moi je me considère en émergence. Si ce qu’on fait est très bon (le très est important), on va finir par passer là où on veut passer. C’est à nous d’y croire, de proposer, et même l’imposer. Mais autrement, si c’est juste bon, ça restera pour nous, des toiles qu’on exposera dans nos salons ou chez la famille. C’est bien quand même, beau passe-temps, mais ça reste du jardinage. Notre égo ne sera pas content. Le mien en tout cas, je le connais, il n’endurera pas ça. Le succès peut attendre, pas la valeur.

Il faut examiner sérieusement notre produit, sans complaisance. Est-ce d’intérêt public ? Une chanson doit être reprise, sinon elle ne sert à rien. Pas nécessaire d’être un grand Chef, mais si les gens ne reviennent pas dans ton resto, cuisine pour toi. Connaissant la valeur de tes chansons et ne les ayant jamais entendues avant, j’imagine que tu n’as jamais vraiment opéré ton commerce. Alors faudrait commencer par là. Aller proposer, imposer, prendre les moyens et prendre patience. Et surtout être ACTUELS. On est en émergence, mon vieux. En émergence et tout à fait actuel.

Et quoi encore ? Ah oui, « il ya tant de talents au Québec, il y a des millions de chansons… c’en est déconcertant. »

Eh bien moi je concède tout de suite : ils sont presque tous meilleurs que moi. Dans un exercice imposé, je ne crois pas tellement à mes chances. MAIS, il n’y en a pas un qui fait ce que je fais. Je ne connais pas un autre Marc Provost dans le tas. Moi, je vais applaudir machin, chose, truc et celui-là. Du moment qu’il est intéressant il n’a pas à se soucier des autres. Si j’ai le goût d’entendre Un vendredi, donc parce que j’aime cette chanson, Brassens ou Desjardins ne me seront pas utiles. Ça me prend Provost.

Et puis autre chose, beaucoup de talents, des millions de chansons, mais pas beaucoup d’offres différentes. Cent jeunes talentueux qui s’habillent pareil et chantent à peu près pareil, ça n’en fait toujours rien qu’un. Mille chansons sur à peu près le même air, le même rythme, les mêmes mots, ça n’en fait toujours rien qu’une. Il y a un public, mon cher, qui voudrait peut-être autre chose qu’un hot-dog moutarde, choux. On ne sait pas. Je crois même qu’il y a un énorme public (notre génération) qui ne se retrouve pas tellement avec le «son » d’aujourd’hui.

Mais heureusement, nous sommes là. Toujours à la rescousse avec nos petites gâteries. Assurons-nous que ça goûte bon, et allons proposer nos choses.

À l’ouvrage mon vieux, on a du monde à divertir. Et il en a bien besoin.


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dimanche 30 mai 2010

Futilité (Paroles et musique : Serge Timmons)


Futilité, futilité.
Partout où je regarde, ici, ailleurs
Futilité et fausses douceurs
L’insignifiance nous assaille
Dès le premier regard
Et nous tient en tenailles
Toujours avides, toujours hagards
Toujours l’inassouvi, toujours la redemande
Toujours la main tendue entre le coffre et la commande

Que tout fonctionne, ça tient du miracle
Que tout ça tienne, ça tient du mystère
À genoux dans la cour des miracles
À genoux à prier, à se taire, à crier aux loups, aux loups…

Frivolité, frivolité.
Partout où je regarde, ici, ailleurs
Frivolité et fausses douceurs
Partout de clinquants coquillages
Mais sans jamais perle dedans
Dessous le maquillage
Que des grimaces de mal aux dents
Des cœurs mal aimés en quête de vertige
Que décor et des corps livrés à la lubricité

Que de beautés tristement fugitives
Que de beautés si laides à regarder
En parade, inconscientes, festives
Mardi gras, carnaval, bal masqué, sous le loup, des loups, des loups…

Que tout fonctionne, ça tient du miracle
Que tout ça tienne, ça tient du mystère
En même temps, tout rit et tout pleure
En mêm’temps c’est la guerre qui se fait dans les fleurs et des loups, des loups …


Copyright © 2009 S. Timmons

dimanche 23 mai 2010

Dialogue de fous


Lors de mes promenades il m’arrive souvent d’arrêter au parc, m’assoir sur un banc, et m’installer comme au cinéma, pop corn et boisson en main, m’abandonnant à la présentation. Écran géant sur 360o. Imax au max. Les couleurs, le son, les acteurs… on s’y croirait. Les petits bateaux sur l’eau, les enfants en vélo qui circulent dans le lot des messieurs et des mesdames sur le pont, tout en rond, … c’est la vie. La grande représentation.

Depuis quelques temps je remarque ces deux personnages détonnant dans le décor, bizarres, naïfs, semblant débarquer tout droit d’une étoile en dérive. Un grand maigre et un petit gros. Genre Laurel et Hardie. Ils n’ont pas d’âge. Semblent sans visage. Une apparition sur un banc. Ils jasent. Le plus grand me paraît le plus mystérieux. Il semble flotter au-dessus des choses, éthéré mal étriqué, je l’appelle le Grand A. L’autre, le plus vraisemblable, plus petit, rond, potiron, c’est le questionneux, l’indécis, me fait penser à un petit b, comme dans une sous-question.

Ma présence sur le banc voisin ne semble pas les déranger dans leurs élucubrations. Alors j’en profite pour tendre un peu l’oreille. C’est étonnant tout ce que je peux entendre. Ça ne parle pas hockey, je vous jure. Ni politique. Ni REER, ni maladie. Ni des as-tu-vu-ça. Ni des ça-s’peux-tu.
Ni des femmes, ni des jeunes. Ni de la pluie ou du beau temps. Ni de ci ou de ça. Ni de veau, vache, porc. Ni de poule. Ni des nids-de-poule. Ni de tout, ni de rien. Ni de tout ce que vous voudrez… ni de laissez-moi parler, je vais le dire mais laissez-moi parler, vous ne trouverez pas, je vous le donne en mille… Ils ne parlent de rien. Rien. Que philosophie. Voilà. Philosophie. C’est très étonnant.

Tiens, je vous fais rapport de leurs dernières discussions. Enfin, ce que j’ai pu en comprendre.

Petit b - En quoi crois-tu ?

Grand A - En rien

b - Pourquoi on vit alors ?

A - J’ne sais pas. Pourquoi on meurt ?

b - C’est l’usure des choses, j’imagine. Un cycle dans la vie qui se termine.

A - Pourquoi un cycle ?

b - Pour que les choses évoluent, sans doute.

A - Pourquoi les choses doivent-elles évoluer ?

b - Parce que c’est ainsi. C’est la vie.

A - Alors ma réponse vaut la tienne. Pourquoi on vit ? Parce que c’est ainsi. Ce n’est pas plus important d’y trouver un sens. Au pourquoi la vie, faut aussi questionner pourquoi la mort ?

b - Mais ça ne t’intrigues pas la vie ? Toute cette existence, pour un philosophe comme toi ?

A - Oui, bien sûr. C’est un grand mystère. Mais je ne crois en rien. Je ne crois pas qu’il y ait une Intention derrière tout ça. On en veut une parce que notre esprit est ainsi fait. C’est dans notre habitude. Comme on voit une limite aux choses alors qu’il n’y en n’a probablement pas. On définit par concept. Ce sont des repères. On fait des choses par intention. On les crée. On en voit le début et la fin. Alors je crois qu’on transpose à l’Univers, notre univers. On voit l’effet, on comprend la cause. Mais comprendre la cause n’explique pas le sens ou le but. On accepte l’idée de l’Éternité ou de l’Infini, mais personne n’en a vraiment idée. On peut virer fou à vouloir bien se l’imaginer, bien se l’intégrer, bien s’accaparer le concept. Ce n’est pas pour nous. Nous sommes limités, concevons avec des limites. Sinon on étouffe, on est perdu. On vire fou. Accepter qu’il n’y ait pas d’Intention, c’est comme accepter qu’il n’y ait pas de limite, temps ou espace. Mais ça fait trop peur à la Morale et surtout à la Société. Ça nous touche de plus près, ça nous interpelle, c’est trop désemparant. Alors on se fait des représentations, on voit les choses avec des limites et des raisons. Et on croit que c’est dans l’ordre des choses. Que c’est Universel.

b - Ben, voyons donc. Tiens, ce banc où nous sommes assis est bien défini, bien délimité.

A - C’est un assemblage ponctuel d’objet. C’était toutes sortes de choses avant. Ce sera toutes sortes de choses après. Dans l’instant précis on définit ça comme un banc, mais dans l’univers, dans la continuité du temps ce n’est qu’un amas de choses temporairement réunis, qui n’a pas plus de sens, ainsi. Utile et voulu par nous, oui, mais pour l’araignée, c’est un amas, un lieu propice à y tisser une toile, c’est tout. Ce banc est une extension à l’arbre, aux pierres, à l’entourage, un accident du relief. Comme une roche parmi les roches. Isolable et fondue dans l’ensemble.

b - Que les choses aient une « existence » différente selon la perception de chacun, elles existent quand même, et sont définies par le fait même. C’est par l’esprit qu’on distingue… et naît la conception de l’univers.

A - Je ne doute pas que ça existe. Mais je ne crois pas à l’Intention. Je ne crois en rien. Croire, suppose l’élaboration d’une théorie, un scénario, du plus loufoque au plus raisonnable, MAIS jamais unique, véritable et vérifiable. Croire à se tromper assurément n’est pas plus valable, selon moi, que de ne croire en rien. C’est tout ce que je dis. Ça satisfait sans doute un malaise, en empêche plusieurs de sombrer dans la démence, ça permet sans doute à certains de s’accrocher à quelque chose pour ne pas être en chute libre, mais comme c’est assurément faux, ASSURÉMENT FAUX pour l’une ou l’autre croyance j’en conclus que c’est l’illusion qui est importante. Une ILLUSION, et ça fonctionne. Du moment qu’on y croit.

b - Mais toi, croyant en rien, comment fais-tu pour fonctionner?

A - Je me persuade de ne croire en rien.

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Je ne sais pas si j’ai bien rendu le dialogue auquel j’ai assisté, mais c’est à peu près ça. Avant d’avoir mal à la tête, je suis allé m’acheter un cornet de crème glacée. Froide. Froide à m’en barrer le front.


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dimanche 16 mai 2010

Mon cœur s’est tu



Mon cœur ne parle plus
Il s’est tu

Je voudrais parler mais le cœur n’y est plus
Il est en douleur Et il s’est tu
Alors rien ne va plus

Que reste-t-il ainsi de moi
Pantin aux fils rompus
Pantin qui ne joue plus
Que reste-t-il ainsi de moi

Qu’un vague animal
Qu’une viande perdue
Même les loups ne me désirent plus
Ils voient bien que je n’ai rien à défendre
Rien d’une âme tendre
Rien d’un cœur déjà mordu
Mon cœur qui ne parle plus
Qui s’est tu
Tu.


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dimanche 2 mai 2010

À L'OUVRAGE suite et fin


Fin août

C’est demain, vendredi, que Pierre doit s’affranchir. À vingt-trois ans il partira enfin de chez lui pour faire sa vie d’adulte, vivre en appartement. Son père, un ivrogne consommé, un despote de la pire espèce, ne pourra rien devant la décision ferme et réfléchie de son fils qui a besoin de tout son argent pour faire sa vie.

- Hein Pierre, que tu déménages demain ?

- Ah, oui. Ah, oui. Cé…cé t’à moé c’t’argent-là. J’mas faire ce que j’veux avec.

- À soir, quand ton père va te demander d’l’argent, tu vas y dire que tu y donnes rien que trente piastres et pi que tu t’en vas demain. Hein, Pierre ?

- Ouin, çartain ! Cé çartain. Rien que trente piass le père, que j’m’as y dire. Rien que trente piass, pas une cenne de plus.

- Bon, ben tu vois ben qu’y va l’faire, dis-je à Montpetit.

- Pi tu le croé, toé ? me dit-il. Sacrament ! Y’é ben trop chieux pour le faire, voyons donc ! Ça fa plus qu’un an qui nous dit ça à toué mois, pi y fa jama rien.

- C’est-tu vrai Pierre ? dis-je.

- Cé… cé…. cccé…. vra, mais à soir ça… ça… va changer. Çartain, me dit-il, en regardant Montpetit.

- Dis-y, Ouellette, comment ton père te traite, tabarnak, lui cria Montpetit. Dis-y donc, comment qui te laisse d’argent par semaine su ta paye.

- Heueuueuu ! rien que douze piass, le maudit. Heuueuuueu !

- Comment? dis-je, étonné. Quoi ? C’est une farce. Douze piastres ?

- Ben oui ! douze piass, confirma Montpetit. Pi en plus avec ça faut qu’y s’achète ses tickets d’autobus. Y di reste sept piastres, stie! Comme un ti-gars d’école. Pi son père, lui, y collecte cent vingt, le porc !

- C’est pour lui mettre à banque, peut-être… risquai-je alors.

- Saint-Ciboire ! Sois pas aussi naïf que lui, me dit Montpetit. Son père c’est un ivrogne, y a pas une crisse de cenne, y a boé toute, ostie. Pi c’te grand baba-là, pointant Pierre, y attend dans l’char comme un p’tit chien que son père ait fini de boire sa paye. Au moins si y a buva avec son gars, l’sans cœur, mais non, y di défend même de mettre les pieds d’une taverne.

- Cé tu vra ça Pierre? dis-je, surpris.

- Heuueuueeuu… cé…. cé…..heuueuue…cé vra, me dit Ouellette en riant nerveusement. Même dé…ddddé…dé…fois cccé….ccé …cé moé qui
chauffe son…so..son…char pppppparpppppaarparce qui é trop saoul pour
conduire. Heuueuuue….

- Ah, ben c’est rare ! SA…CRA…MENT ! dis-je révolté à Montpetit qui acquiesça. Ça m’dépasse… Pierre, à soir, tu y donnes pas ta paye, hein ? Que cé qu’t’attends pour t’en aller de chez-vous, christ de fou !

- Y attends d’avoir d’l’argent. Comme si y pouva s’ramasser d’l’argent avec juste une couple de piass par semaine, dit Montpetit. Ça fa plusieurs fois que j’y dis que j’suis prêt à y payer son premier mois, pi y passer d’l’argent. Léo, aussi. Jacques, aussi. Tout l’monde icitte on est prêt à l’aider, pi y fa rien l’maudit sans dessein.

- Pierre, es-tu ben décidé de sacrer ton camp? Tu viendras vivre chez-nous en attendant de te trouver quelque chose, dis-je voulant à mon tour faire ma part.

- Hehhheeeuu, oui, çartain, heuueuuue….



Le lendemain je m’attendais réellement à partir avec Montpetit chercher les affaires de Pierre et l’emménager chez moi. Mais quand je le vis, le matin, rire comme un idiot, les épaules plus courbées qu’à l’habitude, je n’y croyais plus. Quand Montpetit arriva, il l’interrogea.

- Pi, Ouellette? Montre-moé donc l’argent qu’ t’as empêché ton père de t’voler ? dit-il en le narguant.

- Heuueuueheueu… Heueueueu… J’y…j’y... j’y ai dododoonndonné, mais poupoupour la dddddddernière fois. Heuuuueuueehhheeuuu…


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Fin d’été

Tout le personnel régulier revenu de leurs vacances, je fus libéré. Plusieurs de mes amis arrivaient de voyage, ils avaient tous quelque chose à raconter. Ils avaient vu le monde. Moi, je n’avais évidemment rien vu. Pourtant j’avais l’impression de le découvrir.




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