dimanche 10 mai 2009

Quelques mots




Pour être libre on n’a pas le choix,
faut faire des concessions.
C’est très contraignant la liberté.


*****


À la mort,
je croyais qu’on quittait le monde,
mais je constate qu’on part avec.


*****


Je peux bien mourir pour toi
mais je ne peux pas vivre pour toi.


*****


Près de la mort
Et prêt à la mort
On commence enfin à vivre


*****


Pauvres riches ! Toujours en manque.
C’est normal avec toutes les dépendances qu’ils ont.


*****

dimanche 3 mai 2009

Mon chien (Paroles et musique : Serge Timmons)


On peut me traiter de vache ou de tête de cochon
Ou de face de bœuf, de babouin, de poisson
Je suis de l’espèce de tout ce que vous voudrez
Mais me traiter de chien, là c’est exagéré !

Comment peut-on mettre sur le même podium
Le plus domestique meilleur ami de l’homme
Et l’autre, sauvage, misanthrope exalté
C’est mon chien finalement qui serait insulté

D’entre vous tous, mes chers concitoyens
Y a pas personne que j’envie plus que mon chien


Il habite comme me moi une maison confortable
Assuré d’un bon lit et d’une bonne table
Profitant de la vie, d’un paisible foyer
Et pourtant, je ne l’ai jamais vu travailler

Jamais vu, non plus, l’âme en peine ou stressé
Courir après sa queue comme nous toute la journée
Pour avoir plus d’argent ou de reconnaissance
Il sait, lui, que dans la vie ça brise les vacances

D’entre vous tous, mes chers concitoyens
Y a pas personne plus sage que mon chien


Je pense à tout, je règle tout et je fais tout
C’est moi, le grand manitou de mon toutou
C’est moi le maître, il le sait et ne s’en prive pas
À moi d’ouvrir la porte et servir le repas

L’exquise béatitude dans la soumission
Voilà le secret heureux de sa mission
Il me prie, me vénère et m’adore même, je crois,
Nous, on doute de Dieu mais lui jamais de moi

D’entre vous tous mes chers concitoyens
Y a pas personne plus fidèle que mon chien


Avis à tous les gens qui sont célibataires
Les chiens sont, croyez-moi, d’excellents partenaires
N’exigent jamais qu’on soit propre, mince, non fumeur
Toujours accommodant, toujours de bonne humeur

Si je n’avais déjà choisi ma compagne
J’aurais quand même dans la vie, qui m’accompagne,
Une âme sœur qui m’aime et me fait la vie belle
Mais là j’aurais plutôt choisi une femelle.

D’entre vous toutes mes chers concitoyennes
Y aurait personne plus aimante que ma chienne


Faut faire attention à son vocabulaire
Pour ne pas injurier les gens à la légère
Les traiter, par exemple, de chien, même sale,
‘tention certains pourraient ne pas le prendre mal

Pour éviter toute équivoque, toute ambiguïté
En ce qui me concerne, quand je veux insulter
Je préfère m’en tenir à des valeurs plus sûres
Et les traiter de cons, de caves, d’idiots, d’ordures !

D’entre vous tous mes chers concitoyens
Y a pas personne que je traiterais de chien.


Copyright © 2004 S. Timmons

dimanche 26 avril 2009

Bilan de guerre


- Je rentre de mission, mon colonel.

- Au rapport.

- J’en ai abattu trois.

- Bien. Mais pour une telle mission, ce n’est pas beaucoup. Ça ne sera pas un bien dur coup à l’ennemi.

- Oh, ne dites pas ça, mon colonel. Vous oubliez que je viens ainsi de faire en plus trois veuves, cinq petits orphelins - j’ai vu les photos qu’ils avaient sur eux - , ajoutez à ça trois mères inconsolables, plusieurs frères et sœurs endeuillés, sans oublier un nombre important d’amis éplorés. Excusez-moi, mon colonel, mais je crois avoir bien travaillé. Si vous le permettez, maintenant j’irais bien me reposer un peu… et pleurer.


Épilogue

Il ne faut pas laisser les soldats penser : ils risquent de s’humaniser. Et de l’humanité, comme on sait, ce n’est pas bon pour la guerre. Il faut en connaître le moins possible sur l’ennemi avant de le tuer. On a seulement à savoir que ce sont des monstres, et qu’il faut tuer les monstres. Point. Des monstres ça n’a ni cœur, ni âme, ni père, ni mère, ni foi, ni loi. Ça vient au monde tout seul comme ça, avec des fusils made in america dans les mains, et ça veut nous tuer pour rien.

Pour rien, ou alors seulement pour plaire à leurs dirigeants qui nous dépeignent comme des monstres. Nous, des monstres !!! On va leur montrer, qui sont les plus monstres; on en a nous des bombes au phosphore, des mines anti-personnelles, des gaz machin, des bombes atomiques… Notre civilisation est pas mal plus évoluée que la leur, ils vont voir. On va les sortir de leur ignorance, attends un peu. On va les civiliser ces gens-là. Ils vont tous un jour nous remercier. Après tout c’est pour leur bien. Pour leurs biens.


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dimanche 19 avril 2009

La fontaine de Ghislaine
chanson


Où t-en vas-tu petit chaton
Si loin comme ça de ta maison
Perdu piteux et mal en point
Tu as besoin d’une caresse
Tu trouveras à cette adresse
Une Fée qui te sauvera
Te sauvera
Tu seras nourri et chéri
Et adopté pour la vie
Tu auras bu à la fontaine
De Ghislaine

Où allez-vous les cœurs brisés
Amis fâchés et déchirés
Plutôt perdus et mal en point
Moi je connais une fontaine
Pouvant mettre fin à vos peines
Une Fée qui vous sauvera
Vous sauvera
Vous serez nourris et chéris
Raccommodés pour la vie
Vous aurez bu à la fontaine
De Ghislaine


À la fontaine de Ghislaine
C’est l’amour inconditionnel
Dans les nuages un arc-en-ciel
Une table ouverte à tout le monde
C’est là où coulent à la fontaine
Le vin le rire et les « je t’aime »
Vous êtes au cœur de la Ghislaine
Une petite sœur pour tout le monde


Vous camarades déprimés
Laissés pour comptes et mal aimés
Ces jours où vous serez mal en point
Souvenez-vous de cette adresse
Si vous cherchez un cœur en liesse
Une Fée qui vous sourira
Vous sourira
Vous serez nourris et chéris
Et garderez pour la vie
Le goût de boire à la fontaine
De Ghislaine
De Ghislaine

À la fontaine de Ghislaine
À la fontaine de Ghislaine




Copyright © 2008 S. Timmons

dimanche 12 avril 2009

Soliloque


Quand tu es seul,
Vraiment tout seul,
Comme avant de t’endormir,
Es-tu avec ton meilleur ami ?
Es-tu avec quelqu’un d’intéressant ?
Sens-tu une ambiance heureuse,
Un univers ravissant ?
Peux-tu te parler franchement,
Rire et pleurer ?
Si oui, alors tu n’es pas seul.
Quand on s’aime dans la solitude
C’est qu’on a un ange
Que notre âme est sœur
Et qu’on est fait pour le bonheur.
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dimanche 5 avril 2009



21 décembre 2012
La fin du monde… hâtez-vous.


Supplémentaire, nouvelle date. Après celles de l’an 1000, du 9 /9 /99, de l’an 2000, du 06, 06, 06… ne ratez pas celle du 21 décembre 2012. Après il sera trop tard.

Cette fois c’est la bonne, nous assure-t-on. Cette fois tout converge, pas seulement Quebecor, tout : de Merlin à Sibylle au I CHING en passant par la Bible et plus récemment par un nouveau Super Supra programme informatique appelé Projet WEB BOT. Tout et tous corroborent la même date qui est exactement celle où prend fin le Calendrier Maya. Cibole, qu’est-ce que vous voulez de plus ?

L’informatique ça ne trompe pas. Ce fameux programme WEB BOT analyse toutes les données possibles sur le web, regroupe toutes les âneries qui reviennent le plus souvent et crée une sorte de palmarès de l’imaginaire collectif qui assure que Dieu existe, les martiens aussi, les Américains sont les plus forts ou que les Canadiens ne feront pas les Séries… Tout y est compilé scientifiquement. Quand on le consulte après l’évènement on se rend bien compte que c’était clairement prévisible : le grand tsunami de Noël 2004, la crise économique mondiale actuelle, les Évènements du 11 septembre 2001, le Bug de l’an 2000.
Grâce à Web Bot, ce fameux bug on l’a vu venir, avant. Vous vous souvenez de la panique générale annoncée : tout devait « jammer », les ordinateurs, les avions, les montres. Les missiles nucléaires devaient décoller sans faire exprès et tomber sur le Liban et la Palestine… Enfin plein de choses comme ça, parce qu’on se disait, wow, l’an 2000, c’est tout un chiffre rond, les ordinateurs vont capoter en voyant ça. Même les astres n’en seront pas indifférents. Quelque chose va se produire, c’est sûr. Et effectivement, on a rapporté plusieurs toasters qui ce matin-là ne fonctionnaient pas.

C’est loin d’être fou ce qu’on dit, et encore on nous dit pas tout, mais on n’est pas des fous. Hitler, Elvis; ça fait longtemps qui sont pas morts.

Mais c’est correct, il ne faut pas tout dire. Surtout en ce qui concerne la Fin du monde. Présentement, je suis un peu déçu, certains ont décidé de consulter les oracles avant les prochains évènements. Ce n’est pas correct. À cause d’eux maintenant on sait la fin. On sait la Fin du monde. Et sans trop vouloir vous dévoiler la fin je vous dirai seulement que ca n’a pas l’air d’un happy end pantoute. Tous les oracles de tous les temps, sans ne s’être jamais consultés en font une description identique. C’est bien la preuve. Ils prédisent tous que ça se fera dans le chaos, le feu et le sang. Pas du tout dans la joie et l’amour, comme certains auraient pu le croire.

De plus les scientifiques vous confirmeront qu’à cette date du 21 décembre 2012, la position des planètes sera telle qu’elle ne l’a jamais été depuis plus de … de… disons 28503 ans. Ça n’arrive pas souvent ça. Bien sûr, la position actuelle est aussi rare - le ciel se déplace de sorte qu’il est toujours rarement pareil - mais là ça va ressembler trop à une ligne droite, ou à un 69 cochon… en tout cas le Ciel n’acceptera pas ça. Bref, là là, le SYSTÈME va se dire : « on est rendu au boutte, on revire de bord ». Les pôles vont s’inverser, puis ça va breaker sec dans la nuit qui suivra le 20 12 2012. Pas de réveillon de Noël cette année-là.

Mais, vous allez me dire, c’est donc si sérieux que ça? Eh, oui. Mais ne devrait-on pas taire ces informations-là pour éviter la panique dans la population? Je suis bien d’accord. Mais que voulez-vous, c’est de la grosse nouvelle. Ça fera sûrement la Une. Surtout si Nathalie Simard est impliquée. Et comme il n’y aura personne pour lire les journaux le matin avec son café, alors faut jouer la nouvelle avant. Marketing ! Mais si on se trompe ? Alors ce sera une bonne nouvelle. On va tous se mettre à rire… comme après un chatouillement. Hi hi hi, grands fous ça a fait peur, hi hi hi !


……… Dieu, qu’on est des enfants ! Je crois qu’on est d’heureux imbéciles… qui ne veulent pas toujours être heureux, mais toujours imbéciles. Ma question : Est-ce le propre de l’homme, dans toute l’espèce animale, de ne jamais maturer ? Si la réponse est oui, je ne serai pas si malheureux, mais qu’au moins on s’amuse un peu !


****

P.S. : Un jour je vais me mettre à pleurer.

dimanche 29 mars 2009

Une autre entrevue avec moi-même, mais cette fois c’est sérieux, enfin pas trop niaiseux… même un peu plate et beaucoup long.


Discours sur la morale


Moi - Déjà le titre ça fait sérieux. Mais n’est-ce pas un emprunt de Nietzche ?

Moi - Non, lui c’est la Généalogie de la Morale. Descartes c’est le
Discours sur la Méthode. Moi c’est un peu des deux.

- Que pensez-vous justement de Nietzsche ?

- Je pense qu’il y a beaucoup de lettres inutiles.
(Celle-là n’est pas de moi… mais c’aurait pu)

- Bon, on avait dit qu’on serait sérieux…

- C’est vrai. Sérieux. Sérieuuux!

- D’abord, qu’entendez-vous par la morale?

- Rien de savant sur le Bien ou le Mal. Ni non plus sur les Devoirs et les Buts de la vie. Ça viendra peut-être un jour. Non, en fait le titre c’est pour accrocher. C’est de moralisation que je veux parler : l’intérêt d’avoir une approche consciente sur nos actions et de communiquer ses interrogations morales ou philosophiques.

- Moraliser : le mot déjà indispose. Car qui en a l’autorité ? Qui a la meilleure Morale ? Ce qui est bien pour un peut ne pas l’être pour l’autre, et vice versa. Chacun propose sa façon de voir, et voilà. Chacun croit toujours avoir raison, sinon chacun penserait autrement.

- C’est juste.

- Alors, il est tout à fait stérile ou erroné, de vouloir corriger la conduite de l’autre.

- Il ne s’agit pas, dans mon cas, de trouver LA VOIE pour tout le monde. Je laisse ça aux savants philosophes et hommes de science, qu’ils s’amusent. Je cherche pour moi la compréhension des choses, la meilleure attitude à prendre pour une vie en harmonie, sage et satisfaisante.

- Mais alors, pourquoi faire la morale aux autres ?

- Je ne la fais pas aux autres; on vient de dire que c’est bête, et je le crois. Au début de cet ouvrage, dans la préface je crois, j’ai bien avisé le lecteur, que toutes ces réflexions me concernaient. Je n’écris que pour moi. Je me fais la morale. Je cherche. Je m’insulte. Je me brasse. Je publie seulement parce que j’ai l’impression que je ne suis pas le seul à se questionner. Alors je me dis que ma réflexion pourrait peut-être servir aux autres qui cherchent.

- C’est bien dit comme ça, mais n’empêche, le ton moralisateur on le sent bien dans
vos chroniques.

- Écoutez, je veux être un hôte poli : On vient me visiter, je reçois. Je m’efforce de bien écrire, de détendre l’atmosphère avec un peu d’humour, j’essaie de varier mes plats, je prends soin de ne pas trop dire de bêtises… mais ciboire, je suis chez-nous !

- Oui, mais vous venez nous chercher dans la rue pour qu’on vous visite.

- Bien sûr, bien sûr, bien sûr. Je me suis un peu emporté. N’empêche que c’est vrai : je suis chez-moi. Je veux dire par là que c’est de mon point de vue. Il n’y a rien de vraiment objectif dans ce que j’écris. Il n’y a que la quête de compréhension qui soit « partageable ». Cette quête, elle est bien réelle et se passe presqu’en direct. Beaucoup de réflexions, de façons de voir (et même de vivre) me sont venues en écrivant, en me questionnant, en présentant mes idées. On ne sait pas au départ où ça va aboutir tout ça. On a une petite idée, mais au développement ça prend des proportions parfois inattendues.

- Comme cette petite montée de lait de tantôt ?

- Exactement. Pourtant je faisais bien attention.

- Bon. Mais revenons à cette Morale dont il est question. Faut-il ou non moraliser ?

- Je crois que oui. Parce que voyez-vous, les gens sont toujours très occupés. La plupart n’aiment pas trop penser ou n’ont pas tous les repères nécessaires. Leur vie est trop trépidante ou trop astreignante. Quoiqu’il en soit ils font face quotidiennement à différentes problématiques et dans des humeurs souvent bien changeantes. Il leur est très difficile, sans longuement réfléchir ou prendre des avis judicieux de personnes sages, de régler les petits conflits. Souvent ils vont prendre une position qui va empirer les choses.

- Mais vous, vous êtes au-dessus de la mêlée, c’est ça?

- Mais qu’est-ce que je disais tantôt ? C’est de moi que je parle, connard. Cout’ donc, me lis-tu quand je parle ? Je n’utilise pas le « je » mais c’est pour faire plus littéraire, bon yeu! C’est facile à comprendre, me semble.

- Je sens que vous allez encore vous excuser.

- Bien sûr, bien sûr, je m’excuse. Je m’excuse. Mais c’est ça quand même. C’est un exercice d’analyse; je me sors du lot pour (me) nous observer. Dans cette marche en forêt, je laisse le peloton parfois pour grimper dans un arbre afin d’avoir une vue d’ensemble sur notre groupe et de la directions où l’on va. Mais je suis toujours de ce groupe d’humains; je n’ai pas de perceptions extérieures à nous comme peuvent l’avoir les animaux de la forêt sur notre présence. J’aimerais bien avoir leur idée là-dessus. Là je serais au-dessus de la mêlée. Mais, enfin, poursuivons.

- Nous disions…

- Nous disions que tout le monde, bien souvent, se couche en se disant que tout ne va pas toujours pour le mieux. La vie est compliquée, nous sommes complexes. On est tous un peu à la recherche de la lumière. On voudrait que tout ait un sens, que toutes nos actions soient les bonnes. Sans regret. Sans envie. Sans remords. D’où, si je peux me permettre…

- Bien sûr, allez-y, allez-y.

- Merci. D’où cette favorable fréquentation de moralisateurs tel que je peux parfois être. On s’entend ; pas celui qui moralise après, mais avant que les choses se passent. Il faut annoncer la courbe avant qu’on l’ait passée, pas après. On philosophe avant ou pendant qu’on vit les évènements. Calmement et dans le respect des limites, des réalités de chacun. Sinon ce n’est plus de la compréhension, c’est du prêche. Ça devient du moralisme qui énerve tant.

- Mais qui peut le faire ? Qui a cette autorité ?

- Bien souvent nos amis. Les sages dans notre entourage. Nos parents quand on était petit. Enfin toutes les personnes de gros bon sens. Ils ont cette autorité.

- Oui, mais eux qui les éclairent ?

- Je suis content de cette question. Un peu plus et je me la posais moi-même. C’est là où nous en venons. Ce sont à eux qu’il faut s’adresser; eux, visitent les philosophes, vont lire, s’interroger, chercher, et souvent trouver, au moins temporairement, des réponses, des modèles à suivre.

- On vous dépeint comme un objecteur de conscience. Vous, comment voyez-vous ça ?

- C’est un titre plutôt honorable. On confond souvent avec un empêcheur de tourner en rond, ou quelqu’un qui cherche constamment la contradiction. Là- dedans je ne me reconnaitrais pas, mais dans le sens premier du terme, souvent attribué au militaire qui refuse de combattre dans certaines situations par respect absolu de la vie, là je suis partant.

- Faut-il donc toujours philosopher ?

- Diderot dit : « Le peuple parle de vivre d’abord et de philosopher ensuite; mais le sage propose de philosopher d’abord et de vivre ensuite, si on le peut ». Moi, je pense qu’il faut surtout vivre, quitte à ne jamais philosopher. Je ne crois pas que mon chien est en train de rater sa vie -quoique je le soupçonne de philosopher un peu. Car philosopher permet peut-être justement de profiter pleinement de la vie. Surtout pour une espèce comme la nôtre, encline à de grandes angoisses. Nous sommes constamment tiraillés par l’envie, le remords, l’orgueil, l’exaltation. On est moins soumi à l’instinct, alors il nous faut tout acquérir, apprendre, transformer. On ne peut pas vraiment bien vivre sans réfléchir, communiquer, philosopher un tant soit peu.

- Mais l’introspection intensive n’est pas le fait de tout le monde. Et comment mesure-t-on une plénitude de vie ?

- Je crois qu’on a tous nos moments d’introspection, de grands questionnements sur nos vies ou sur la vie en général, mais c’est souvent dans les moments lourds : les grandes décisions, lors des gros problèmes. Idéalement ce serait bien d’avoir pratiqué avant, lors de situations plus légères. Idéalement ce serait bien d’avoir conservé une certaine maintenance quotidienne et agréable.
Quant à la plénitude de la vie je dirais qu’on a tous un rendez-vous avec soi-même à un moment donné dans la vie (et certainement avant de mourir) et c’est là qu’on aura un regard révélateur sur « l’ensemble de son œuvre ». Vaut mieux être préparé. L’examen risque d’être court, les questions embêtantes, et le verdict tranchant. Le philosophe s’étant évalué en se passant régulièrement quelques contrôles risque moins d’être déculotté.

- Mais n’est-ce pas une mortification un peu ridicule que de se tourmenter sans cesse ? N’est-ce pas ainsi une façon de rater sa vie pour ne pas rater sa mort ?

- Le poète en moi a envie de mourir constamment, le philosophe heureusement le divertit. Se tourmenter n’est pas un exercice si déplaisant. C’est une sorte de travail. Certains prennent plaisir à travailler, vous savez.

- Et d’autres pas. Nous sommes bien placés pour le savoir. Alors la question est toujours la même : À quoi prétendent les moralisateurs de votre espèce ?

- … Oh, je ne m’attendais pas à cette question là.

- !?!?!?

- C’est vrai. Euh… pouvez-vous répéter la question ?

- C’est très bien de faire son affaire en son âme et conscience, mais pourquoi vouloir vendre sa vision aux autres ? Pourquoi ne pas se contenter de penser et laisser penser comme de vivre et laisser vivre ?

- Chacun peut chanter dans sa douche. Pourquoi certains ont-ils le besoin de monter sur les planches ? Peut-être que là on en arrive au domaine de l’art. Philosopher est un art. C’est une expression. C’est du domaine de la communication. Les artistes proposent une façon de voir, de ressentir les choses. Ils modifient la matière pour l’exprimer aux autres. Il y a toujours une proposition là-dedans.

- Oui, mais la portée n’est pas la même. On sent moins les intentions derrière.

- Pas sûr. Ils reflètent leur époque, ils alimentent les courants de pensée. Plusieurs prennent carrément position, et leur portée n’est pas sans conséquence. Doivent- ils ne produire que pour eux?

- Chacun veut influencer l’autre; on ne s’en sort pas. On est toujours étonné que l’autre n’aime pas ce qu’on adore. Ou pire encore, aime ce qu’on méprise. On ne comprend pas. On a le sentiment que l’autre est (au moins un peu) dans l’erreur. Mais comme c’est le lot de tout le monde, n’est-il pas sage de laisser les choses aller?

- Sûrement, mais ce n’est pas communiquer. Je le répète l’artiste, le créateur, ne laisse pas les choses comme ça : il développe, rebâtit, suggère. Son esprit, ses émotions lui commandent d’intervenir. De proposer autre chose. La philosophie est un art… qui tend vers la science peut-être, mais, selon moi, un art d’abord.

- Disons. Mais moraliser, faire les leçons, prêcher…

- Nous sommes des êtres moraux; de ça non plus on n’en sort pas. Toutes nos questions, toutes nos actions, nos œuvres sont morales. On peut fonctionner sans réfléchir, d’ailleurs on le fait assez souvent, mais du moment qu’on réfléchit sur ce qu’on fait on devient moral. Et c’est là qu’on prête l’oreille aux philosophes, aux moralisateurs.

- Oui, d’accord, mais on prête l’oreille à ceux qu’on veut bien entendre.

- Exactement, voilà où nous en sommes. L’étape suivante est de discourir sur LA MANIÈRE ET LE PROPOS.

- Ce que nous ne ferons pas maintenant.

- Oh non. Là, le lecteur est fatigué.




*****

dimanche 22 mars 2009










Un monde gentil mais bien commercial


Le boxing day - qui en passant devrait être représenté par des boîtes plutôt que des gants de boxe (!?) - n’a plus la subtilité de nous frapper le lendemain de Noël. Non, la vente d’après Noël on nous la passe avant, on ne prend pas de chance. C’est dans le journal du 24, aux Ailes de la mode, au Centre Hi-Fi, c’est parti mon kiki, toute la journée, c’est le méga solde d’après-Noël (sic). Ça, c’est du marketing. Bah, un jour avant, me direz-vous, c’est pas si pire, ouais, mais c’est comme ça qu’on va y arriver : un jour à la fois. Et bientôt on va pouvoir retourner nos cadeaux avant même de les offrir. Extraordinaire, non ?

Noël, c’est une grosse business ; jamais vu tant d’espace occupé par ces réclames en cahier A, le cahier des grosses nouvelles, des éditoriaux, des actualités, du Monde… où tiens, justement, il y a un article de misère intitulé JOURNÉE TROUBLE EN GUINÉE, juste au-dessus de la grosse nouvelle 70 % DE RABAIS super solde chez LaBaie. Ça, c’est du marketing. Plein de cadeaux, c’est Noël.

Si, si, regardez, tout est réduit (même la qualité) : DES AUBAINES / SUPER SOLDE / VENTE D’INVENTAIRE / FAUT LIQUIDER, l’entrepôt est bourré jusqu’au plafond. Vous en voulez un, il est même gratuit… à l’achat de douze.

« Pardon, monsieur le commerçant, ça fait cinq magasins que je fais : est-ce qu’il vous reste des poubelles, des grosses sur roulettes, des corps à vidange? » Non, ça on n’en a plus. Mais on a tout ce qu’il faut pour les remplir.

AUBAINES INCROYABLES / ÉCONOMISEZ / QUANTITÉ LIMITÉE, HÂTEZ-VOUS… Ça, c’est deux propositions sémantiques qui ne vont pas ensemble, économiquement parlant. On ne réduit pas le prix sur la rareté. Normalement on l’augmente. Les chambres d’hôtel ne sont pas à moitié prix l’été.

C’est tellement ÉNORME. Avez-vous déjà acheté (souvent des vêtements, toujours des matelas) avec des réductions de 50% et même 80% sur le prix régulier ? Et, forcément il reste une marge de profit. Avez-vous déjà imaginé la marge indécente de profit sans ça ? Heureusement pour nous, les prix sont toujours réduits. Il est même impossible d’acheter un matelas au prix régulier, à moins d’en avoir un deuxième gratuit, ou un lave-vaisselle, ou je ne sais quoi…

Mais qui veut-on leurrer ? Y-a-t-il tant d’enfants qui achètent des matelas ? Toutes les propositions commerciales sont enfantines. Sont gentilles, avenantes, prévenantes.

Et moi qui chante que le monde est dur… Non, le monde n’est pas dur. Il est gentil. Tellement gentil, toujours attentionné. Plein de sourires et de poignées de main vigoureuses… autour du comptoir. Les hommes, dès qu’ils ont une cravate au cou, ils civilisent : « Bonjour, ça va bien ? » Tu tires dessus un coup : « on veut vous faire économiser », tu tires encore un autre coup : « on est là pour vous, on a pensé à vous », tu tires même pas dessus, et ça marche tout seul : « Félicitations, vous avez gagné… Voulez-vous essayer, c’est gratuit… On est dans le coin, profitez des nos essais sans engagement… C’est gratuit… On vous le donne… On en a plein d’autres comme ça, qui nous ont coûtés une fortune et qu’on veut donner à tout le monde qu’on ne connaît pas ».

Pure gentillesse. Prodigalité. Altruisme. «Notre souci : votre bien-être ».
Rien d’autres ?
Attendez… non, pas vraiment.
Attendez, je lis la réclame : …patati, patata… vous ne payez rien pendant 2 ans … pas d’intérêt, même pas les taxes… on vous donne un cadeau en plus… on vous livre gratis… Non, je ne vois pas : ça me semble tout à fait caritatif. Répandre le bonheur autour de soi. Rendre les autres plus riches. Tiens, c’est bien marqué ici : Au service des gens… votre satisfaction nous tient à cœur. On vous en donne plus pour votre argent





On vit dans un monde merveilleux. Y’a plein de gens comme ça qui font du bénévolat. Tiens, les livreurs de pizza par exemple, souvent des jeunes qui donnent de leur temps. Oui, oui, lisez par vous-même : LIVRAISON GRATUITE. Pure bénévolat. Parfois je fais un don, discrètement. Mais tout le monde n’a pas autant de cœur. Souvent les riches (toujours les riches) abusent de cette humanité. Tellement, que beaucoup de restaurateurs, sensibles à la justice sociale, offrent une réduction de 10% si vous passez ramasser au comptoir. Tous des philanthropes. Pensez, s’engager à faire un don de10% afin de permettre un meilleur accès de ce service (gratuit, ne l’oublions pas) aux plus démunis.

Non, non, le monde n’est pas dur. Ou alors avec un centre mou. On n’est pas loin du cœur, mes amis. Pas loin du cœur. Et nous, pendant ce temps-là, que fait-on ? On chicane sur des riens. L’essence à $ 1.39.

Bah! $ 1.39, on a fini par s’y habituer. Mais là, $ 1.52, WÔ!
La panique, mon vieux, à chaque fois que ça monte de 10¢. Wôô, wôô, là les stations services sévissent : on barre les pompes. Pourquoi ? C’est rendu qu’on se fait voler, m’a répondu avec franchise un franchisé. Tiens, c’est justement ce que je pensais moi aussi. Dur coup pour l’humanité. On devient voleur passé $ 1.50. À $ 1.75, on va bien mettre le feu.

C’est comme ça, chaque fois que ça monte de 10¢ il y a un peu d’humanité qui se perd. La bousculade aux pompes : tout un branle-bas pour sauver quoi ? $ 7 - $ 8, qu’on va se dépêcher d’aller dépenser pour une poutine et un coke avant de souper ? La bousculade pour un plein d’essence qui va nous durer quelques jours. Après, pas le choix, on paiera le prix, calmement, très civilement en s’envoyant des « bonjour, comment ça va ». Ça m’étonne toujours ces réactions de mes semblables. C’est pas pour faire l’important, mais je me bats jamais en bas de $ 100. Question de principe.



Ah! Quel monde incroyablement commerçant : à la télé, dans les journaux, au téléphone, dans la rue… tout ce monde toujours après moi pour me commercer quelque chose. Dès qu’on me sourit je crains le pire. Pas normal, ça. Arrêtez de vous intéresser à moi que pour mon bien. J’n'en ai plus ! Par contre, moi aussi j’ai des causes à promouvoir. Tiens, pour vous encourager je vais l’acheter votre barre de chocolat, en échange, pouvez-vous m’acheter ces crayons que je vends ? Et votre chocolat je le garde pour le prochain qui aura un crayon à me vendre. Moi aussi j’ai un petit voyage à financer, une partie de soccer (ou de golf), une petite tombola, enfin plein de projets. Moi, aussi.


Mais j’ai bien peur que sans nos petits commerces on ne s’envoie plus la main... qu’on ne s’envoie que chier.


****

dimanche 15 mars 2009

La dégénérescence


Ça dégénère, mon vieux!
Ça dégénère.

Faut qu’on génère
Mon géronte,
Régénérons !

Tassez-vous les jeunes
Place aux vieux !
Grey power! Grey power!

La dégénérescence, mon vieux!
Ça n’a pas de sens
Lato sensu
Stricto sensu
On perd ses sens mon vieux!
Ça n’a plus de sens
On pilote au radar
Vieillard!
Mais quel radar, mon vieux!
L’avoir eu jeune
Me serais pas perdu
Mon vieux!
L’avoir eu jeune… Ah!

On devine, on comprend, on sent les choses
Vieillir nous rend efficace
On dégénère, d’accord
Mais dans l’efficacité
Mon vieux!
L’efficacité

Tassez-vous les jeunes
Place aux vieux!
Grey power! Grey power!

On n’entend pas tout
On fait répéter
Mais on comprend du premier coup
Pas besoin de répéter
Ça c’est de la performance !
Mon vieux
Ça dégénère
Mais en mieux

Besoin de lunettes, peut-être…
Mais pas pour lire entre lignes
Ma vieille!
Moins d’énergie, c’est vrai…
On fonctionne avec moins d’énergie
Ma vieille!
Ça, c’est de la performance !

Vieillir nous rend efficace
Mon Géron!
On fait plus avec moins
On performe enfin
Patron!

La dégénérescence, mon vieux
Ça n’a pas de sens
Ça dégénère !
Ça dégénère !

La sénescence, mon vieux
Ça n’a pas de sens
Ça décati !
Ça décati !

Mais on s’en fout
On n’a pas à être jeune
On l’a été
Mieux vaut tôt que toujours
Faut être vieux
Maintenant
On ne le sera jamais
Autrement
Mieux vaut tard que jamais

Tassez-vous les jeunes
Place aux vieux!
Grey power! Grey power!

Gérontocrates
À vos cartes!
Hein?
À vos cannes!

Grey power! Grey power!



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