dimanche 8 juin 2008

Les poètes sont si légers



Les poètes sont des gens légers
Qu’il ne faut pas prendre à la légère
Un rien les fera s’envoler
Rire ou pleurer
Rêver et s’envoler
Assez haut dans les nuages
Qu’on ne les voit plus
Qu’on ne les entend plus

Les poètes sont des gens légers
Mais vaut mieux ne pas les prendre à la légère
Ils risquent de disparaître
Quelque part dans le ciel
Laissant ici un grand vide


Les autres
Plus lourds
Resteront toujours à terre
Les autres
Beaucoup plus lourds
On peut les prendre à la légère

dimanche 1 juin 2008



À MA MÉMOIRE


Ô mémoire, paresseuse, infidèle, oublieuse,
De tous tes égarements tu devrais être honteuse.
Tu t’amuses à ton âge, frivole insouciante,
Et toujours tu ne m’es jamais qu’inconstante.
Pourquoi donc n’es-tu jamais là quand je t’appelle ?
En quel désordre traînes-tu tes instructions nouvelles ?
Dis-moi, est-ce trop demander que, de temps en temps,
Me donner la journée et la date en même temps ?
Tu viens, tu pars, tu reviens et puis tu repars,
À ta guise et sans presse pour traîner quelque part.
Tu réponds distraitement à une banale question,
Et sitôt fait, tu retournes à ta digestion.
Tu t’amuses à retenir ce que j’ai appris
Me renvois toujours reprendre ce que tu as pris.
Pour seulement me remettre un prénom ou une date
Il faut que je te supplie ou que je te batte
Commence alors une poursuite intransigeante
Quand je crois te tenir, te voilà changeante.
Et après des heures de ce supplice, épuisé
Je m’en vais me coucher déçu, inquiet, lassé
Rien ne viendra, ni la trouvaille ni le sommeil
Puis voilà soudain qu’en pleine nuit tu me réveilles
Pour me crier le mot que je ne cherche plus
M’apparaissant insignifiant et superflu.
Il est des jours où, oubliant même tes défauts,
Je cherche à m’instruire à peu près comme il faut.
Je me concentre à lire quelques pages d’un livre ;
Et sitôt terminé j’attends que tu me livres
Sinon les détails au moins les grandes idées.
Mais à peine ai-je le titre que te voilà vidée.
Alors tout inquiet craignant la déficience
Je perquisitionne avec rage, impatience.
Te sommant de me remettre, là, sur le champ,
Ou bien le volume ou bien alors mon argent.
Car si du livre tu ne retiens pas la lecture
Tu n’oublies pas de me rappeler la facture.
C’est toujours ainsi : on vit en contrariété.
J’ai toujours l’air idiot moi, en société.
Tous les jours pour ne rien oublier je me dois
D’avoir agenda à la main et ficelle au doigt.
Malgré moi d’un songeur j’offre à voir tous les traits.
Si quelqu’un m’interroge, il me croira distrait.
Les yeux vers le ciel et l’index sur les lèvres,
Ou me grattant la tête rageusement avec fièvre
Il aura pour réponse que des hésitations
Dans une autre langue il reposera la question.
Pourquoi n’ai-je pas une faculté qui oublie moins ?
Pourquoi donc ne puis-je jamais te prendre à témoin ?
J’en vois tant d’autres qui semblent tellement bien pourvus
Consultant leur mémoire comme lisant une revue.
Elle leur est soumise et fait tout avec emphase.
Ils ne désirent qu’un mot, et elle leur donne la phrase.
Je ne serai jamais moi que doctus cum libro
C’est de ta faute, tu ne m’as jamais aidé trop.
Enfin, terminons cette chicane et de bonne foi
Allons se rappeler de bons souvenirs pour une fois.
As-tu gardé ce jour où devant assemblée
Je récitais Boileau, et tout allait d’emblée,
Quand au vingtième vers tu t’es mise à blanchir ?
Il m’a fallu suer alors pour te rafraîchir.
Mais je repris tout de même mon important discours
Sans pour autant obtenir ton précieux concours.
Car subitement, comme ça, sans doute lasse de m’entendre
Tu t’es fermée pour de bon et partis te détendre.
Je restai la bouche ouverte, vide de son, plein d’émoi.
Tu te souviens. Ah, ce qu’on a bien rit… de moi.
As-tu conservé aussi, attends… laisse-moi voir,
Oui, voilà, cette fois-là, oui ce fameux soir,
Où fièrement gonflé d’une connaissance nouvelle
J’enseignais à des amis tout ce que je savais d’elle.
Tu m’aidais à répondre à toutes sortes de questions,
Me soufflant des réponses étoffées de mentions ?
Mais parmi ceux-là il y avait des érudits
Qui sur plusieurs points, à la fin, m’ont contredit.
Tu me disais : « Prends pari, allez prends pari »
Les gageures ont monté en de fabuleux prix.
On commença à parler fort, on s’obstina,
C’est dans un livre que le tout se termina.
Ce que ça m’a coûté cher d’orgueil et d’argent.
Tu me les gardes toujours frais ces souvenirs. Hen !
N’y a-t-il pas eu aussi cette fameuse journée
Où je… Où plutôt quand… Ah ! Te voilà fermée.
Ça ne t’intéresse plus ; tu remballes les souvenirs.
Et sans pomper maintenant rien ne me peut venir.
Je devrais me rappeler ce mauvais coup, toutefois,
Allez-va ! Je veux bien oublier pour une fois.

dimanche 25 mai 2008


Nous sommes tous des enfants
suite de : Pour adultes seulement


Nous sommes tous des enfants. Un jour ou l’autre orphelins peut-être, mais des enfants quand même. Un jour ou l’autre parents peut-être, mais des enfants toujours. Et c’est bien comme telsque nous agissons la plupart du temps. Regardez autour de vous, écoutez les gens parler, observez les chicanes, les demandes, les attentes mêmes des leaders du vaste monde, ce ne sont que jeux d’enfants mais avec du vrai argent, de vrais fusils, de vraies conséquences. Le monde ressemble parfois à une cour d’école primaire laissée sans surveillance depuis longtemps : il y a quelques tocsons qui font la loi dans un coin, d’autres qui ne s’entendent pas sur les règles du jeu, d’autres qui jouent avec des allumettes près des bidons d’essence, des enfants qui pleurent, qui crient, et la plupart après un certain temps semblent complètement désemparés. Un adulte arrive enfin et un certain ordre s’établit, un calme, une sérénité, une sécurité. Il est au-dessus de la mêlée. Il voit, prévient, arbitre, dirige. ( voir : Regardez le monde , 17 octobre 2007 )

Nous sommes tous des enfants; parfois avec le beau côté de l’innocence (à Noël, en vacances, au camping), mais le plus souvent avec le désarroi de notre immaturité.

Peut-être que dans notre développement il manque un stade d’apprentissage, une période de fermentation, un retrait nécessaire de cette société trépidante et prête-à-porter ? On devient socialement adulte en si peu de temps, et si tôt : 18 ans maintenant, depuis 1971 ( exactement l’année où on m’a retranché 3 ans d’apprentissage, alors que j’en avais besoin de 5 autres). Quelques jours seulement pour quitter l’enfance. La transformation n’a pas le temps de se faire. La chenille n’est pas encore papillon mais on s’attend à ce qu’elle vole, sauf qu’elle tombe, bien évidemment, et ne deviendra peut-être jamais papillon.

Cette fois ce n’est pas du ventre mais de la jupe de maman qu’on sort. « Tu vas te nourrir par toi-même maintenant mon grand. Allez, va rejoindre les autres à la guerre, aux urnes, à l’usine (ou à l’école, mais niaise plus), à la banque, chez le concessionnaire,…» Et nous, jeunes poulains excités et insouciants on court dans toutes les directions.
Alors qu’il faudrait tant patienter, vivre la bohème, réfléchir avec les philosophes, s’amuser à des jeux de son âge pour un jour cesser de faire l’enfant et s’affranchir. Mais, pressés de rejoindre les grands, tous les têtards interrompent leur développement pour se fondre à cette société d’illusions aux comportements enfantins.

La transformation n’a pas eu le temps de se faire. Maintenant l’enfant ne se développe plus, il ne fait que vieillir.

Heureusement il y a toujours des exceptions. Parmi nous il y aura toujours quelques adultes, des personnes responsables capables de se détacher du groupe - que l’on confond souvent avec les moutons noirs parce qu’ils vont parfois à contre-courant… et bien sûr tous les moutons blancs de bêêêler à la différence, eux qui suivent pitance jusqu’à la potence, un tracé bien droit du silo de grain jusqu’à l’abattoir.

N’empêche qu’un adulte, pour moi, c’est ça : quelqu’un capable de sortir du groupe (et de survivre). Un enfant ne le peut pas.


Si on ne tuait pas les hommes adultes, d’après moi ils seraient tous centenaires.




*****


- Et puis toi ?
- Moi, quoi ? Quoi, moi ? Je suis resté un enfant. C’est pas pour me vanter mais j’ai déjà rencontrer
des adultes. Je sais c’est quoi.



dimanche 18 mai 2008

Pour adultes seulement


Cette chronique est destinée aux personnes âgées de 18 ans et plus. Je préfère vous en avertir.


Attention !



Bon, maintenant que nous sommes entre nous, qu’il n’y a pas d’enfants dans les parages, nous allons traiter d’un sujet adulte.

Le sujet est Adulte… c’est le sujet : « Adulte » : c’est-à-dire, ce que nous ne sommes pas pour la plupart d’entre nous. Chut ! Faut pas que les enfants le sachent. Ils nous croient adultes alors qu’en réalité nous sommes restés comme eux. La transformation s’est faite physiquement mais à peu près pas mentalement. La preuve : combien d’entre vous avaient déjà baissé leurs culottes en lisant le début de cet article?

Les enfants nous prennent pour des professionnels de la vie, des personnes en contrôle aux commandes des institutions, responsables et réfléchis. Ils s’imaginent qu’on est tous comme leur papa, leur maman bienveillants et connaissant tout. Bref, ils nous voient comme des grandes personnes autonomes et disciplinées.

À part les poils au pubis je ne pense pas que nous sommes tellement différents qu’à leur âge. Je nous vois toujours très naïfs, influençables, encore enclins à la pensée magique, la fabulation. Je nous sens toujours bien dépendants d’affection et de prise en charge : le lot de tous les enfants carencés dont la croissance est stoppée quelque part. À part les poils au pubis, bien entendu.


Si les petits ne remarquent pas nos comportements puérils, nos législateurs et marketeurs, eux, n’en sont pas dupes.

Ma mère m’a déjà enlevé mon tire-pois parce qu’un voisin en avait tiré un dans la face de sa sœur. C’est dangereux ! On me retire mon cellulaire au volant parce que la sœur de mon voisin a eu un accident alors qu’elle se maquillait en parlant au téléphone. Confisqué. C’est dangereux ! Ma mère m’aurait dit aussi - mais elle savait que ce n’était pas nécessaire - quand tu prends ton vélo pour une petite promenade avec la sœur de ton voisin, mets ton casque. Tu vas faire mal à ta tête et faire bobo! Il y en a toute une série de lois infantilisantes qui ne servent à rien d’autre que donner le sentiment général qu’on nous protège.
Et les enfants d’entre nous, rassurés, font de beaux dodos.

Mais parmi toutes ces lois il y en manque encore une : Interdire la publicité faite aux enfants de plus de 18 ans.

Parce que c’est aussi dangereux que l’alcool, le tabac ou le jeu : ça altère le jugement. La publicité, à grande dose, ça crée de sérieux troubles de comportement allant de la dépendance compulsive à l’obsession maniaque; pire que le jeu pour entretenir l’illusion et ruiner un ménage.

On n’a pas tous l’âge mental requis pour recevoir ces messages publicitaires. On ne tolèrerait pas ces approches débilitantes s’il s’agissait de jouets ou de bonbons adressés à nos petits. On dirait à nos jeunes : ben voyons, tu sais bien que ce n’est pas gratuit, que tu ne pourras pas tout payer plus tard, que c’est une mise en scène, les belles filles et le party n’arrivent pas dans chaque caisse de bière, dans trois mois ton nouveau char sera sale, peut-être bossé, et ne fera plus rêver personne, tu te tanneras plus vite de tes gadgets électroniques que le temps qu’ils prendront à être dépassés…Attends au moins à Noël, à ta fête. Et laisse faire tes petits camarades qui en ont tous !

On crierait à l’illusion, la manipulation, aux scandales. On crierait à notre maman-gouvernement de légiférer pour interdire ces publicités faites à nos enfants par ces vieux mononcles-cochons-marketeurs.


MAIS ON NE PEUT PAS. On est entre adultes; tous les coups sont permis. On est responsable, obligé, soumis à la loi. À 18 ans, fini la Protection de la Jeunesse. Tu veux, tu payes. Tu payes pas, on saisit. Tu résistes, prison ! Tu veux pas, ça t’en prend pareil. Tu peux pas, travaille. T’arrives pas, on saisit. Tu résistes, prison !

WOW, c’est déprimant !




Attendez, je m’en vais réprimer ma déprime, et je reviens la semaine prochaine.



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dimanche 11 mai 2008


Bêtes


La souris rate
,
le rat sourit.



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Plus bêtes encore


L’âne veau le bœuf
et mule l’étalon
le cochon !
La truie verrat
la vache !
et
le cheval, l’animal,
taure
la jument !


Ça lui apprendra.




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dimanche 4 mai 2008

Je ne peux contenir plus longtemps mon "Zorro" objecteur déplaisant.
Il attend son tour depuis janvier. Alors, voici son mot.

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Avoir et Savoir
pour paraître au lieu d’être.


La connaissance dont on s’enorgueillit tant, la connaissance, dis-je, est à la portée du plus grand nombre. Le savoir est peu de chose en soi ; c’est son utilisation intelligente qui compte. On peut bien tout savoir et ne rien comprendre. C’est même assez fréquent. Déjà un livre comme un dictionnaire en sait infiniment plus que nous et il est bien parmi les plus épais. Le jugement, la réflexion, l’intuition, ça c’est autre chose, ça tient du génie. Et le génie, lui, n’est pas à la portée du plus grand nombre.

Qu’on me comprenne bien : le savoir a tout son mérite, je dis seulement que je ne crois pas qu’on ait beaucoup de mérite à savoir. Quelconque mouton d’intelligence moyenne finira par avoir son diplôme ; la condition essentielle étant d’être bon mouton. Tout ce qu’on a étudié quiconque l’aurait étudié le saurait. Tout le temps qu’on a passé à apprendre quelque chose on l’a perdu pour apprendre autre chose. On sera donc toujours passablement ignorant.

On a intérêt à être modeste ; produire et fermer sa gueule.
Je ne sais pas si on apprend toujours à écouter les autres, mais je sais qu’on n’apprend jamais rien à parler toujours.

Mais allez donc savoir pourquoi les gens se valorisent tant de connaître et d’être reconnu de connaître. C'est bien peu de chose qu'un ébéniste soit fier de nous présenter ses outils
...et rien d'autres que des petits meubles IKEA.

ON N'EST JAMAIS SOT D'ÊTRE IGNORANT.
Alors que l’inverse…


Yes sir, pensent les ventrus commerçants pressés de fermer les livres. T’as raison, Zorro-moralo. Perte de temps. Et le temps c’est de l’argent.
Attendez, supporteurs intéressés, attendez j’ai pas terminé.

L’argent maintenant, la petite fortune dont on s’enorgueillit tant, l’argent dis-je, est à la portée du plus grand nombre. Dans un système économique comme le nôtre, c’est bien peu de chose en soi. Il suffit d’une constitution physique moyenne et, en se pilant sur le cœur (et surtout celui des autres), on finira bien, de façon droite ou croche, par en amasser pas mal. Je n’ai jamais connu personne qui avait le projet mordicus de faire de l’argent et n’en ait pas fait. Quelconque ambitieux d’intelligence moyenne finira bien par faire son tas. Son gros tas.

Mais voulez-vous bien me dire à quoi ça sert d’en avoir tant ?

Ça ne vous fera pas musicien, artiste, athlète, philosophe brillant et reconnu. Ça ne vous fera pas tomber en amour ou devenir plus jeune, plus beau, plus talentueux, plus sympathique. À quoi ça peut bien vous servir d’en avoir tant ? Je ne doute pas de l’utilité d’en avoir ; c’est nécessaire dans la vie… quoique beaucoup moins que l’amitié, le talent, le désir, le goût de vivre, mais je reconnais que ça en prend. L’argent c’est un peu comme les médicaments : c’est bien de toujours en avoir sous la main mais pour en avoir toujours autant besoin, faut être malade !

Et en plus ça crée une forte dépendance. Les riches ont de gros besoins d’argent. C’est normal, ça en prend beaucoup pour être riche. Parce qu’autrement, on peut bien vivre avec peu. On s’enrichit constamment de tous les besoins qu’on n’a pas.

La plupart des gens ont cet équilibre, je crois, de profiter de la vie dans un confort relatif. On rêve d’être millionnaire comme on rêve d’être mince et musclé (ce qui est bien à la portée du plus grand nombre). Mais ça nous passe, et on se met à être heureux sans ça.

Le bonheur ne nous en demande pas tant.


Mais, que voulez-vous, l’homme est ambitieux. Il doit réussir quelque chose dans la vie, et s’enrichir ce n’est pas trop compliqué. Sauf que le temps qu’il passe à ramasser de l’argent tous les jours, toutes les heures, toute sa vie, il ne le passe pas à d’autres valeurs humaines. À la fin, il n’a souvent rien d’autre à vous montrer que des collections d’objets et rien d’autre à vous entretenir que de ses cailloux ramassés.

JE REGRETTE DE NE PAS APPLAUDIR

J’ai envié de Lennon son talent, pas sa fortune. J’envie d’Hubert Reeves sa passion intelligente, pas son savoir. Mais pour d’autres, j’imagine c’est l’inverse. Il le faut. Par tous les raccourcis qu’ils prennent pour être savants ou riches. Mais je le répète :

JE REGRETTE DE NE PAS VOUS APPLAUDIR

On sait bien, me diront ceux que j’ai décoiffés, c’est parce que tu n’as rien, que tu dis ça. Nah !

Peut-être. J’ai été suffisamment déplaisant, si ça peut vous réconforter je vous laisse cet argument. Passons notre chemin. Je suis pressé d’aller entendre cet artiste exquis dont tout le monde parle avec tant de bonheur. Je sais, on dit de lui qu’il est pauvre et sans diplôme… mais, qui sait, peut-être trouvera-t-il la gloire que vous cherchez tant.

****

dimanche 27 avril 2008


On me demande la lune


Je vais me rendre au bout du monde
Si je la trouve je vous la ramène
Je ne peux pas faire plus

Mais je pourrai vous raconter
Que j’ai vu un poisson se noyer
Que chemin faisant
J’ai rencontré Dieu
Et je lui ai dit que j’étais athée
Il a cru en moi
Et m’a laissé passer
Je vous dirai aussi
Que chemin faisant
J’ai vu un chat noyer le poisson
Il n’était pas échaudé celui-là
Il était gris comme la nuit
Et noyait son chagrin dans le poisson
Mine de rien
J’ai passé mon chemin
Jusqu’au bout du monde
Mais je n’ai pas trouvé la lune
Ni le bout du monde

On me demande la lune
Alors que j’ai plein d’étoiles à offrir
Un soleil sous la main
Un univers tout près
Tout prêt


On me demande la lune

Je vais me rendre au bout du monde
Si je la trouve je vous la ramène
Mais vous n'aurez rien de plus


***







dimanche 20 avril 2008

VIVE L’ENNEMI… suite


J’en entends rire dans le coin. Ils me prennent pour un utopiste, un pacifiste bêlant parce que je dis ¨pardonnons à ceux qui nous ont offensés¨.

Si c’est une utopie de mettre fin aux guerres par le pardon, c’en est TOUTE UNE de croire y mettre fin en allant massacrer l’ennemi. On ne tue pas impunément des pères de famille, des époux, des frères, des enfants en espérant rétablir la paix. Il y aura toujours vengeance, revanche, ressentiment,… puis, chose bien étrange, comme si à la fin ça n’intéressait plus personnes, fin des hostilités. Car il y a toujours une fin aux hostilités. C’est qu’entre temps il arrivera d’autres chefs, d’autres évènements et de guerre lasse nos dirigeants finiront par s’allier de nouveau. On modifiera nos politiques, on trouvera un terrain d’entente, on fera des compromis, bref, on se remettra en commerce, et les chefs qui auront perdu la face, eh bien, on les tassera.

Alors le peuple qui suit toujours, suivra. Comptera ses morts, haïra toujours l’autre, mais sans coup férir. Au moins jusqu’à la prochaine génération. C’est ainsi, les guerres finissent toujours par finir. À moins de s’exterminer il y a nécessairement une suite aux choses. Mais il faut se tuer beaucoup avant, tant qu’il y en a un qui se sent plus fort que l’autre. C’est comme ça. C’est la vie!


J’en entends toujours rire dans le coin.

On me traite de naïf, utopiste, pacifiste bêlant parce que je rêve à la prise de conscience de chaque homme de bonne volonté, parce que je prône la non-violence et que je suggère de demander pardon à l’ennemi.

Je sais bien, ce n’est pas original ce que je dis. Un autre l’a dit avant moi. L’autre-là, le nazaréen. Celui dont tout le monde (ou presque) en occident prend pour un dieu : le Christ. Sauf que si on pense comme lui on passe pour un christ de fou ! Si on suit son enseignement on se fait aussitôt crucifier. On dirait que c’est inévitable. Son enseignement… vous savez ce que je veux dire, cet Évangile que tous les chrétiens pro-vie et pro-guerre récitent les dimanches : « aime ton prochain - tu ne tueras point - pardonne à tous ceux qui t’ont offensé - présente l’autre joue - »… Vous qui riez dans le coin, vous comprenez un peu ce qu’il dit, j’imagine. Alors vous comprenez que votre Jésus est un grand utopiste. Votre modèle est un merveilleux pacifiste bêlant… que tout le monde prie le matin et contredit toute la journée.

Eh bien ! Moi, l’énergumène, c’est de ce grand philosophe que je m’inspire quand je rêve à la paix. Sauf que je reconnais qu’il a mis la barre un peu haute. Il aurait pu juste s’en tenir à ce message : « Endurez-vous les uns les autres, comme je vous ai enduré ».

Pauvre Jésus, il n’en a pas fini de dire à Dieu : Pardonne aux hommes car ils ne savent point ce qu’ils font. Même deux mille ans après, ils ne savent toujours point ce qu’ils font et n’ont toujours rien compris. Ils sont bons pour prier mais pas tellement pour comprendre. Es-tu sûr, pauvre Jésus, d’avoir choisi la bonne espèce ? Comme disait Nietzche : Au fond il n’y aura eu qu’un seul chrétien, et il est mort sur la croix.


JE LE CRIE : Quittons les groupes. Au moins dans notre cœur. Ne pensons plus comme un groupe, une race, un peuple. Désendoctrinons -nous, on n’appartient à personne. Nous sommes déjà complets en nous-mêmes, et tous pareils. L’autre en face de nous, l’ennemi, c’est un homme, peut-être un père de famille, peut-être un excellent conteur d’histoires, peut-être un copain idéal de pêche, on ne sait pas. Lançons nos fusils. Retournons les balles aux industriels. Laissons les chefs* s’entre-dévorer et pleurons un bon coup nos souffrances communes infligées à chacun, puis après allons boire ensemble à la chance extraordinaire d’être en vie et de goûter à ce même coucher de soleil… ahuri de nous voir tous paisiblement le contempler.

D’entre toutes les utopies, c’est celle-ci que je choisis : la paix par le pardon, par la réflexion, par le partage équitable, par les ententes de gros bon sens, par cet éclair de conscience entre deux ennemis armés, seuls responsables de la mort de l’autre. Seuls responsables.

Utopie, j’en conviens, mais d’une logique efficace. Il faut peut-être préparer la guerre pour avoir la paix, mais sûrement pas la faire. Aucune guerre ne mettra jamais fin à la guerre. Sauf, bien sûr, LA DERNIÈRE, qui sera totale et mettra fin aussi à l’humanité. Ou en fera peut-être le vrai début…

On est à quelques fous de périr à jamais. De rejoindre les dinosaures. Et ce sera bien dommage, car cette si belle planète aura vu disparaître une autre espèce dominante qui, par moment, était sublime. Il me semble.





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*Les chefs... Vous savez de quoi je parle, pas les poseurs-secrétaires élus qui doivent à gauche et à droite, je parle des vrais : les petits chefs des petits fiefs qui rêvent de puissance, qui, devenus grands, seront de dangereux tourmentés. Je parle de ce tout petit pourcentage de la société qui nous dirige selon leurs affaires, leurs ambitions, leur sanctification : les petits rois de village, de commerce, de religion, d’opinions publiques, de pouvoirs administratifs, de carrière, de réussite sociale,…

Ça suffit. La semaine prochaine, un poème... il est temps !

dimanche 13 avril 2008


Vive l’ennemi !



Chaque jour à la radio, à la tété, dans les journaux, au bureau, dans la rue, on n’arrête pas de me vendre de l’indignation et de nouveaux ennemis : les musulmans, les sikhs, les mohawks, les talibans, Al Qaeda,…

Je veux bien avoir un ennemi ou deux, mais tout un groupe, une société, une race… c’est beaucoup pour un seul homme ! Surtout quand on ne les connaît pas personnellement. Je ne peux pas haïr comme ça n’importe qui dans le tas, faudra d’abord me les présenter, nous laisser faire un peu connaissance. Et après, s’il y a lieu je m’en ferai personnellement des ennemis. Pour l’instant je suis plutôt indifférent. Pour l’instant ce sont plutôt les ennemis des autres. Qui sont les miens, d’accord ! Mais tout à fait par hasard. C’est de la politique tout ça. Je regrette de ne pas être plus patriotique que ça. Je comprends que les leaders de chaque communauté s’empoignent sur leur plus-meilleure idéologie, mais nous, citoyens ordinaires d’un clan comme de l’autre, qu’avons-nous tant à être de fanatiques partisans ? Ce n’est quand même pas Canadiens-Bruins. Qu’avons-nous tant à nous exciter la fibre haineuse ? Ne pas aimer me semble bien suffisant; haïr, c'est déjà trop de considération.

L’ennemi commun me semble une chimère. Une vue primitive et grégaire. Mais aussi - et ça c’est bien commode - l’ennemi commun est rassembleur et toujours responsable de nos malheurs. C’est toujours très pratique pour nos petits chefs et manipulateurs d’opinion.

Sauf que moi, je crois qu’il y a au fond de chaque homme une prédisposition à l’harmonie, au repos, à l’acceptation du sort; une petite voix presque toujours étouffée par la clameur populaire. Une petite voix dont on doute ; il semble tellement que les autres savent de quoi ils parlent. Ils ont l’air convaincus. Ils sont nombreux, ils doivent avoir raison. Puis après tout, haïr un peu ça fait du bien à tout le monde.


TOUT, ABSOLUMENT TOUT devrait être questionné : la religion, nos chefs, nos amis, nos parents, nous-mêmes. Même cette affirmation. TOUT est questionnable, critiquable, falsifiable. TOUT, la science incluse.

On a tous une conscience dont on ne pourra jamais sortir. Tout le reste disparaîtra en grande insignifiance quelques instants avant de mourir : les autres et leurs idées. Il n’y aura plus personne pour parler pour nous. On sera seul avec notre conscience qui nous questionnera (sachant bien les réponses) et nous fera paraître ce dernier instant une éternité.


« J’ai des ennemis et je m’en vante. Je crois les avoir mérités. »
Anatole France


Un ennemi, normalement, c’est celui qui nous en veut ou nous envie. Mais quoiqu’il en soit admettons au moins ceci : il n’a sûrement pas tort de nous en vouloir ou nous envier. Pour qu’il nous haïsse tant, on lui cause un tort quelconque. On l’écœure quelque part, c’est certain. Si on ne comprend pas ses raisons ce serait bien de commencer par les lui demander. Bien sûr faut se défendre… mais ce serait bien de s’excuser avant.

Dans toute lutte chacun a raison : celui qui a faim et celui qui défend sa proie. Chacun a une cause légitime. Inversez les rôles et chacun agirait de la même manière. Dans un conflit ça vous prend absolument haine et peur sinon vous pourriez finir par prendre parti pour votre ennemi.

Heureusement les chefs c’est pas des fous! Ils savent entretenir le ressentiment contre l’autre pour nous éviter une guerre de pétards mouillés : propagande, offenses, crainte, menaces… et ce n’est pas long que les plus paniqués d’entre nous crieront Aux armes, citoyens! Et voilà, le feu est pris, la guerre bénie. Dieu, le premier, se sera déjà enrôlé. Alors le peuple qui suit toujours, suivra. Il épousera la cause.


« On croit mourir pour sa patrie, on meurt pour des industriels »
Anatole France, toujours le même


Il n’y a pas d’autres motivations à la guerre que la convoitise d’un petit groupe. Pourtant il n’y a jamais d’autres appels à la nation que celui de la légitime défense. C’est quand même curieux que deux nations se fassent la guerre seulement pour se défendre !


ON EST À QUELQUES FOUS DE VIVRE EN PAIX.


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La semaine prochaine, suite et dernière partie sur ce topo