dimanche 22 mars 2015

                     Le clou                                     
(Paroles et musique : Serge Timmons)
 
 
Du temps où j’étais tout luisant
J’avais un avenir séduisant
J’travaillais fort pour devenir
Plus tard un grand clou à finir
 
Je rêvais de passer ma vie
Bien planté dans du bois verni
Au coin d’un endroit stratégique
Avec des amis sympathiques
 
Puis un jour, sentiment nouveau
J’ai rencontré près du niveau
Une vis vicieuse et bien tournée
Dans sa boîte elle m’a emmenée
 
Alors j’suis devenu amoureux
Avant de dev’nir malheureux
Elle m’a cloué le cœur, l’ingrate
Pour un d’ces clous à grosse tête plate
 
J’ai presque croché sur le coup
Car j’aimais bien l’aimer beaucoup
Elle donnait un lustre à mon fer
Quand elle me faisait des affaires
 
Savoir avec qui elle se vautre
L’entendre dire un clou chasse l’autre
M’a fait, et sans que j’exagère,
Rouler en bas de l’étagère
 
Lors, un menuisier maladroit
Sachant rien faire de ses dix doigts
Puis sans dessein par-dessus tout
Eut l’envie de cogner des clous
 
Son œil débile, sans appel
Cherchait partout et je me rappelle
Son sourire bête quand il me vit
Traînant par là sur l’établi
 
Bout de bois en main, v’là qui s’entête
S’cognant s’es doigts, m’cognant sa tête
À toute force je fendis la planche
Il me crochit pour sa revanche
 
La rage au cœur, le feu au cul
Comme s’il avait été cocu
Nous jeta dehors sa planche et moi
Et courut se panser les doigts
 
On est resté depuis ce temps
Des prisonniers indifférents
Elle me retient, moi je la cloue
Sans se vouloir sans être jaloux
 
Je suis un vieux clou tout rouillé
Seul sur une planche mouillée
Qui sert à rien et pire que tout
Qui ne vaut même plus un clou !
 
Pas toujours, rose la vie de clou.
 
 
 ***

dimanche 15 mars 2015


      La mort racoleuse           
(Paroles et musique : Serge Timmons)
 
 
 
 

    J’ai tout perdu mes poux,    
                             
Mes tiques, mes puces, mes lentes
 
Je ne sens plus mon pouls
 
Tellement ma vie est lente
 
Des toiles d’araignées
 
Me pendent aux coins des lèvres
 
Je vis abandonné
 
De mes p’tites joies en grève.
 
 
 
 
Qui t'a permis, la grosse,
 
De t'coucher dans mon lit
 
D’y v’nir creuser ma fosse
 
Chantant « Mélancolie »
 
Et  me pincer le ventre
 
En me disant : « Mon gros loup
 
Aimerais-tu que j’te montre
 
De quoi j’ai l’air dessous ».
 
 
 
 
Tu choisis tes amants
 
Trop jeunes, à mon avis
 
J’va le dire à maman
 
Si tu touches à ma vie
 
Elle m’a bien défendue
 
Pour une crise passagère
 
D’aller jouer au pendu
 
Avec une étrangère.
 
 
 
 
Quand j’aurai ton âge
 
Quand t’auras mon heure
 
J’te dirai, si t’es sage :
 
« Chérie, fais moi peur »
 
Même sous peine capitale
 
Vas-y, fais moi le coup
 
De l’amante fatale    
 
Passe-moi la corde au cou.
 
 
 
J’ai pas le talent de vivre
 
C’est vrai, je l’admets, j’consens.
 
Mais pourquoi donc mourir
 
J’ai même pas mal aux dents
 
Si tu le veux emporte
 
Et c’est tout ce que je t’offre
 
Un peu de mes amours mortes
 
 
Ça tiendra chaud mon coffre
 
 
 
Prends-les en gage
 
De me revoir un jour
 
Et va ton racolage
 
Moi je passe mon tour
 
Va t’en choisir un autre
 
J’peux même t’en présenter
 
Moi, pour l’instant, j’ai d’autres
 
Jolies chattes à fouetter
 
 
Et comme dit l’autre
 
Des vacances à terminer.
 
   
***
 
 
 

dimanche 8 mars 2015



CANDEURS

 
  

Je doute.
C’est la seule chose dont je suis sûr.
 
*

Il y a encore beaucoup de réponses
auxquelles on n’a pas de questions.


*

Il est impossible
que cette phrase ne soit pas lue.


*

À présent, mon passé est imparfait.
Il est impératif que mon futur soit plus que parfait.
Et ce n’est pas conditionnel.

(Je sais, ce mot n’est pas assez composé.)

 
*
 
« Mon taBARnacle ! »

Vous remarquerez ici le joli proparoxyton
par l’accent sur l’antépénultième.
 
*

Je suis épuisé. 
Je fais des journées de 10-12 heures
par semaine.


*
 
Secret de chef : 

D’abord, réduire le fiel.
Puis ajouter le miel.


*

Je ne comprends pas les hommes
d’espérer l’existence de Dieu. 
À les voir aller, il faudrait
plutôt souhaiter le contraire.
Prions Dieu qu’il n’existe pas!

 

***
 
 

dimanche 1 mars 2015


 
Extraits du spectacle :

J’AI RENDEZ-VOUS AVEC...
GEORGES BRASSENS
 
 
 
  Maison de la culture Ahuntsic-Cartierville
le 17 février dernier

Représentation à guichets fermés : 300 personnes
C’est dire que Brassens (comme Brel) suscite toujours de l’intérêt... 



  

Pour la vidéo haute définition, suivre le lien :
 

Prochain spectacle :
le 2 avril 2015
Au Rendez-vous du thé, sur Fleury, Mtl.


***

dimanche 22 février 2015



Pleurer de la beauté

 

Tous ces malheurs
 Ces gens affamés
Toutes ces laideurs
 Ces abandonnés
Toutes ces douleurs
 Ces morts par milliers
Le mal de cœur
 Le mal d’aimer
Me fait chagrin
Me fait saigner 

Mais rien ne me fait pleurer

La tristesse me laisse l’œil sec
Et le cœur mouillé
La douleur me fait mal
Et me fait crier

Mais seule la beauté
Me fait pleurer 

La beauté du geste
De la reconnaissance
De la main tendue
De la main prise
Du silence entendu 

Seule la beauté m’émeut
Et me fait pleurer
 

***

dimanche 15 février 2015


ÉPITAPHE

  
Il avait tout sans rien posséder
Sans soucis d’argent ou d’avenir
Libre et totalement dédié à ses passions
On croyait tous qu’il avait des millions
On le voyait
Posséder sa vie, son âme tout entière
Se contenter de peu de matière
Bref, il était millionnaire
Ne lui manquait que l’argent

 


MES CONDOLÉANCES
 
Dans le deuil, consolez-vous,
il y a bien une vie après la mort :
la vôtre!
 

 

RENDRE L’ÂME
 
Eh oui!  Il faudra bien un jour la rendre,
 mais à qui ?  À quoi?
Le plus effrayant sera de se présenter seul.  Vraiment seul.
Et la remettre en bon état.

Au moins, on ne s’y présente qu’une fois.
Après, on doit se sentir drôlement soulagé.

 

***

 

dimanche 8 février 2015

De retour



Apophtegmes
(L’esprit grégaire)

 
 
 
La guerre, la religion, la mode : même combat.
Nous, oui, les autres, non. 


*
 

 Par le sang, j’ai un lien de parenté avec
tous ceux dont la couleur m’est semblable.



*



La mode :
Un uniforme que tout le monde
 s’empresse de porter
et qu’on remarque ridicule
toujours un peu trop tard.
 
 

* 
 

  Sois d’abord quelqu’un,
ensuite joins-toi aux autres,
plutôt que de te joindre aux autres
pour être quelqu’un. 
 
 
 
*
 
 

À nous voir aller, il n’y a pas de doute:
l’homme descend du singe.
Il n’en remonte pas, c’est certain.
 


*
 
 

La non-intervention est déjà
une prise de position extrême.
Ne me demandez pas d’en faire plus.
 


* 



On ne peut pas être contre la guerre,
pas plus que contre la maladie.
Mais on peut éviter ceux qui la propagent. 
 
 

*  
 

Logique de guerre :

Voyez! Ils s’en prennent à nous.
On a bien fait de les attaquer!



* 
 

Saluons nos héros de guerre, ces hommes prêts à sacrifier leur vie pour défendre leur idéologie contre les barbares, ces hommes prêts à sacrifier leur vie pour défendre leur idéologie.

 
* 
 

Les religions sont des rites, des pratiques, des coutumes, souvent excentriques, vestiges des temps obscurs n’ayant pour but que de créer un groupe distinct des autres.
Et comme chacun voit dans la religion de l’autre qu’un tas de simagrées, c’est donc un fait universellement reconnu.

Si Dieu existe, il n’a rien à voir avec ça.

 

***
 
 

dimanche 28 décembre 2014


 

La Bénédiction




   Jour de l’An, direction Cowansville, chez grand-papa Sullivan. Dans l’auto, je me repasse les commandements. C’est quoi encore?

   - On ne court pas dans la maison.

   - On salue le monde en arrivant et en partant.

   - On se lave les mains avant de manger, et on dit merci quand on est servi.

   - On n’achale pas le chat. Puis on ne fait pas japper le chien pour rien, on le laisse tranquille.

   - On ne parle pas, et surtout, on ne rit pas pendant la bénédiction paternelle.

   - On dit « Non, merci » quand on nous offre quelque chose. Si on insiste, on en prend un. UN. On ne vide pas le plat.

   - Quand on reçoit des becs des matantes on ne s’essuie pas la joue énergiquement tout de suite après.
 
    - On évite de jouer avec le petit Réal, il est tannant lui, il pense juste à faire des mauvais coups.
 
    - On ne dit pas fort et à tout bout de champ « On s’en va-tu? »
 
    - On ne joue pas dans son assiette. Si on n’aime pas ça, on dit qu’on n’a pas faim, on ne dit pas ouache! Pis si on n’a pas faim pour manger le repas, on n’a pas faim pour manger le dessert, non plus.
 
   Combien ça m’en fait? Dix. C’est bon, on arrête là.

   La famille de mon père ce n’était pas celle qu’on voyait le plus souvent. On avait plus tendance à dire « monsieur », « madame », plutôt que « mononcle », « matante » quand on les visitait. C’était comme ça, on voyait plus souvent la famille de maman et on les préférait : on se sentait plus près d’eux, on habitait la même ville, on partageait le même genre de vie. Tandis que du côté de mon père c’était pour l’ensemble des cultivateurs, des gens de la campagne qui habitaient dans les rangs. Plus folklorique comme approche, disons. 
    En arrivant, on pouvait prendre une heure à dégeler. Trois piquets bien droits; on passait pour des enfants bien élevés (même moi). Mireille, pourtant de nature si sociable, me paraissait plus maniérée qu’à l’aise quand elle se mêlait aux autres.

   Comme on s’était pointés à peu près juste à temps pour le dîner, on est donc passés à la table assez vite. Et là, moi qui suis si difficile, je me suis régalé. Grand-maman Sullivan était un véritable cordon-bleu : ragoût de boulettes exquis, soupe aux pois à se jeter par terre, beignes au sirop d’érable à virer fou, sucre à la crème à rendre malade… Je n’avais jamais mangé rien de si bon. 

   Après le repas, les hommes parlaient de politique. Forcément, puisqu’ils criaient plus qu’ils discutaient. Les femmes faisaient la vaisselle pendant que nous, les enfants on s’exclamait devant l’arbre de Noël géant. Comment ils ont pu entrer ça dans la maison? C’est impossible.

   — Duplessis, c’éta un dictateur! Y nous écrasa.
   — Pas vra! C’éta un homme qui se tena deboutte. C’est notre sauveur à nous autres, les Canadiens-França.

   Les esprits s’échauffaient : certains devenaient rouges, d’autres tombaient dans les bleus. Grand-maman, la vraie chef du clan sans le titre, est intervenue pour calmer le jeu :

   — Bon, ça va faire les ti-coqs. Vous allez me tasser les meubles, pis vous autres, les musiciens, allez chercher vos instruments, ce monde-là veulent danser.

   Puis, en un rien de temps, l’atmosphère avait changé, on s’est retrouvé soudainement au milieu d’une soirée canadienne en plein après-midi. Une grosse matante était au piano, un mononcle ti-coq bleu au violon, un mononcle ti-coq rouge à l’accordéon, et mon père dans tout ça, planté au milieu, sérieux comme un pape, callait le set carré. 

Saluez votre compagnie!
Amenez-la jusqu’au centre,
Les femmes au milieu,
Les hommes autour,
Changez de côté,
Vous vous êtes trompés,
Reprenez votre compagnie,
Tout l’monde balance
Et pis tout l’monde danse…

   J’étais cloué sur ma chaise. Au début, j’ai presque eu peur. À voir tous ces hommes taper du talon, crier la tête renversée par en arrière, j’ai cru voir des sauvages tourner autour d’un feu, encerclant les femmes comme des sacrifiées. J’étais sidéré. Ça me paraissait terriblement compliqué, mais ils avaient tous l’air de savoir quoi faire et de follement s’amuser. Des couples rentraient, d’autres débarquaient, et le reel repartait.

   Une matante s’est approchée de moi avec un plat de sucre à la crème :
   — En veux-tu un, mon petit garçon?
   — Non, merci! ai-je dit poliment.
   — Ah, bon!
   — Non, non, attendez. Vous n’insistez pas?
   — Oui, j’insiste, qu’elle m’a dit en se mettant à rire.

   J’ai regardé maman qui ne me regardait pas, et j’en ai pris quatre.
   — Merci. Vous repasserez, hein?

Saluez votre compagnie!
Amenez-la jusqu’au centre,
Les femmes au milieu,
Les hommes autour,
Changez de côté,
Vous vous êtes trompés,
Reprenez votre compagnie,
Tout l’monde balance
Et pis tout l’monde danse…

   Après une heure, Mireille et moi on n’était plus capables. Paulo, lui, dormait avec le chien sous la table de la cuisine. J’ai été voir maman et je lui ai glissé à l’oreille : « On s’en va-tu? ». Oui, oui, elle m’a dit, dès que grand-papa nous aura donné la bénédiction. Heureusement, peu de temps après, les musiciens fatigués ont décidé de prendre une pause et c’est à ce moment que la plus vieille des sœurs de mon père est allée demander au patriarche : « Papa, voulez-vous nous bénir? »

   Alors il s’est levé en prenant un air solennel. Tout le monde s’est approché et s’est mis à genoux devant lui. Il a tendu les bras au-dessus de nous, et comme un grand manitou a marmonné en anglais, en français, en latin quelques incantations que tout le monde a reçues en disant « Amen » et en faisant un signe de croix. Puis, tout le monde s’est embrassé et souhaité « Bonne Année! » 

   C’était le temps. Ma mère a fait signe à mon père, et on a compris qu’on pouvait aller mettre nos manteaux. On partait alors que d’autres quadrilles se formaient et que ça reprenait de plus belle. 

   Au retour, dans l’auto, je sentais mon père heureux, tout rayonnant de bénédiction, pendant que je m’imaginais revenir d’un pays lointain.


***


Petite pause.  De retour en 2015, quelque part en février.
 
BONNE ANNÉE !